À l’heure où le Bénin scrute les pistes d’une recomposition politique, le parti Les Démocrates (LD), censé incarner l’alternative crédible à la cohésion de la mouvance présidentielle, s’enlise dans des querelles internes aux relents de règlements de comptes personnels. Et au centre de cette tourmente, un nom revient avec insistance : Boni YAYI.
Celui qui fut Président de la République et qui demeure une figure tutélaire de l’opposition semble aujourd’hui davantage mû par une logique de revanche que par une vision rassembleuse. Depuis son retour sur la scène politique, ses choix n’ont eu de cesse de diviser, d’affaiblir, voire de marginaliser les talents susceptibles d’incarner l’avenir du parti. Du simulacre d’appel à candidatures en passant par la politique de l’autruche jusqu’à la révélation inachevée de son avocat comme candidat à la présidentielle de 2026, rien n’a changé. En 2021 déjà, alors qu’Éric HOUNDÉTÉ, figure émérite et vice-président d’alors, s’imposait comme le candidat naturel et légitime du parti pour la présidentielle, Boni YAYI fit le choix d’imposer Réckya Madougou, parachutée à la dernière heure. L’échec fut cinglant, et les plaies, loin de cicatriser, continuent de suppurer.
Mais la stratégie du contrôle autoritaire ne s’est pas arrêtée là. L’ancien nouveau patron de LD s’est méthodiquement employé à écarter HOUNDÉTÉ de tous les postes névralgiques en lui refusant la présidence du groupe parlementaire, ensuite en lui retirant la direction du parti, qu’il s’est arrogée lui-même. Pire encore, lors de la désignation des vice-présidents, alors que Houndété disposait d’un profil idoine pour veiller à la gestion des finances du parti, un autre lui fut préféré — choix contesté, et perçu comme une volonté manifeste de l’affaiblir.
Derrière ces décisions, une logique de clan, voire de repli identitaire, semble s’imposer, où les affinités ethniques l’emportent sur la compétence et la représentativité. Cette préférence systématique pour les proches du cercle restreint de Boni YAYI fragilise non seulement l’unité du parti, mais entame également sa crédibilité auprès de l’opinion nationale.
L’ultime affront réside sans doute dans le choix controversé de AGBODJO, désigné contre toute attente comme potentiel candidat du parti pour la présidentielle à venir. Un choix perçu comme une provocation, qui a suscité indignation et crispation dans les rangs. Pour beaucoup, il s’agit là de la goutte d’eau de trop, celle qui a achevé de faire éclater le fragile équilibre déjà mis à mal.
Dans ce contexte, un hypothétique retour en grâce d’Éric HOUNDÉTÉ, sous la pression des militants ou de la rue, était envisageable, tel un compromis de dernière minute pour éteindre l’incendie. Une telle manœuvre ne ferait que renforcer l’idée d’un parti livré à l’arbitraire d’un homme, où les candidatures ne s’arrachent plus au mérite, mais se négocient dans l’ombre des rancunes. Et les mêmes causes ont fini par produire les mêmes effets ce 13 octobre 2025.
En face, la mouvance présidentielle, elle, avance unie, disciplinée, solidement arrimée à un candidat unique et structuré qui a déposé son dossier à la CENA dans la ferveur populaire. Pendant ce temps, LD, miné par les égos, vacille, s’enlise, et voit s’éloigner l’horizon d’un véritable changement.
L’histoire politique béninoise retiendra-t-elle ce moment comme celui où l’opposition, pourtant forte de talents, a choisi l’autodestruction plutôt que la reconstruction ?
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
