Il est des défis que nul ne saurait relever seul face aux aléas du destin. La sagesse universelle, relayée par celle du Fa, enseigne qu’au moment des épreuves exigeant une mobilisation collective, l’homme avisé doit savoir s’entourer de ses pairs.
Dans la sagesse du Fa, le signe GBÉ MÈDJI — considéré comme l’un des plus puissants parmi les 256 signes — illustre éloquemment cette vérité. L’une de ses maximes enseigne :
« Seul, ni l’oignon ni le piment ne sauraient donner une sauce digne de ce nom. Il faut l’alliance harmonieuse des condiments et le dosage savant de chacun pour obtenir une sauce dont le goût et la saveur feront la renommée de la cuisinière. »
En somme, l’action individuelle peut amorcer le mouvement, mais seule la synergie des intelligences confère à l’effort son véritable impact et sa pérennité. C’est l’essence même du génie collectif.
Ainsi, lorsqu’un homme averti, au moment du défi, consulte de nouveau le Fa pour poser la même préoccupation, Orunmila — l’esprit de la sagesse — s’exclame, non sans ironie :
« Hommes, fouettez donc un peu votre intelligence et laissez-moi en paix ! »
Cette réflexion ne se limite pas à une quête de développement personnel. Elle s’impose comme une lecture politique de la situation que traverse le parti Les Démocrates (LD) depuis quelques années. À bon entendeur, peu de mots suffisent.
Lorsque le président Patrice Talon, le 31 juillet dernier, face à la jeunesse réunie à la salle du Peuple du Palais de la Marina, affirmait ne percevoir aucune véritable démarcation idéologique entre les partis, qu’ils soient de la mouvance ou de l’opposition, peu d’oreilles attentives surent saisir la portée de cette déclaration. Ce diagnostic lucide annonçait déjà la possibilité d’un rapprochement stratégique entre LD et FCBE, dans la perspective d’un accord destiné à assurer leur avenir politique — l’enjeu majeur étant la présentation d’un duo et la participation effective aux échéances électorales.
Plus encore, LD, FCBE, UP-R et BR pourraient, dans un élan d’intelligence politique, unir leurs forces pour gérer de concert les affaires de l’État, dans un esprit d’union nationale orienté vers le développement. Rien, en vérité, ne s’y oppose. Le système partisan béninois, dans sa jeune maturation, demeure un laboratoire d’apprentissage démocratique dont les leviers méritent d’être tropicalisés, éprouvés et adaptés afin d’en extraire le meilleur pour la consolidation de notre modèle républicain.
Au terme de cette analyse, deux erreurs majeures méritent d’être relevées :
le repli sur soi du parti Les Démocrates,
et la confiance excessive de certains de ses leaders, qui ont imprudemment mis tous leurs œufs dans le même panier.
L’artiste intemporel Yédénou Adjahoui l’avait pourtant enseigné avec sagesse : « Il faut savoir faire profil bas lorsque l’adversité se dresse de toutes parts, et choisir, parfois, la paix avec certains ennemis. »
C’est là, humblement, ma lecture.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
