MA LECTURE (Chronique Express)

De nos peurs de l’innovation

Depuis 2016, une rumeur persistante a accompagné chaque pas du président Patrice TALON. Il s’agit d’une ambition supposée sans bornes, d’un désir inavoué de confisquer le pouvoir, comme si le Bénin devait devenir son héritage personnel à lui. À l’époque, certains observateurs voyaient dans la réforme du système partisan, la rationalisation des dépenses publiques ou la lutte contre la corruption, les signes avant-coureurs (…) d’une présidence autoritaire. Mais neuf ans plus tard, force est de constater que ces craintes relèvent davantage du fantasme que du fait.

L’histoire retiendra que Patrice TALON n’a pas été ce « roi du Bénin » que d’aucuns redoutaient. Sous sa présidence, le pays a connu des réformes structurelles majeures dont entre autres, la mise en place de la Cour des comptes, la discrimination positive pour une meilleure représentativité politique des femmes ou encore la constitutionnalisation de l’abolition de la peine de mort. Autant d’avancées saluées par des institutions internationales telles que la Banque mondiale et bien d’autres structures d’annotations, qui ont vu dans le modèle béninois une gouvernance de plus en plus institutionnalisée et moins personnalisée. Certes, la méthode TALON a souvent été jugée austère, parfois brutale dans sa mise en œuvre selon certaines classes politiques. Mais l’objectif, clairement assumé, était de remettre de l’ordre dans une République trop longtemps livrée à l’improvisation politique et à la complaisance institutionnelle.

La récente annonce d’un projet de révision de la Constitution, portée par des députés de la majorité, a ravivé d’anciennes peurs. L’idée d’un Sénat, censé renforcer l’équilibre des pouvoirs et améliorer la représentation territoriale, a immédiatement été interprétée par certains acteurs politiques comme une manœuvre déguisée pour prolonger l’influence de TALON au-delà de 2026. Pourtant, l’homme du 06 avril 2016 semble déjà ailleurs. Peu présent dans les débats publics, il donne davantage la preuve d’un chef d’État en phase de transmission, qu’en quête de continuité personnelle. L’alternance, désormais amorcée, prend corps dans le calme et la discipline d’un système politique réformé appuyant la preuve que la démocratie béninoise, malgré ses convulsions, reste vivace.

Les craintes qui resurgissent aujourd’hui ressemblent étrangement à celles de d’autrefois, lorsqu’il s’agissait de la révision de la Constitution. Pourtant, avec le recul, peu peuvent nier les effets positifs de ces ajustements sur la gouvernance et la stabilité du pays. Le Bénin n’a pas sombré dans la personnalisation du pouvoir, contrairement à certaines démocraties voisines. Au contraire, il s’est distingué par une capacité rare à concilier autorité et respect des institutions.

En somme, les prophètes de malheur ont eu tort une fois, deux fois, et sans doute une troisième. Patrice TALON s’apprête à quitter la scène en laissant derrière lui un État mieux organisé, plus solide et prêt à affronter les défis de l’après-rupture, écrire de nouvelles et belles pages de la modernisation du pays à tous points de vue. Et si le Bénin étonne encore, c’est peut-être justement parce qu’il continue de déjouer les scénarios écrits par la peur. Arrêtons de nous faire peur, enfin!

✍️ Fidèle Sèna VODOUNON

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