MA LECTURE (Chronique Express)

Une mutinerie à punir!

La tentative de coup de force survenue ce 7 décembre 2025 au Bénin n’est pas un simple incident militaire, elle est le révélateur d’une pathologie plus profonde qui touche certains segments de l’appareil sécuritaire. Une poignée de soldats, croyant pouvoir imposer leur agenda par la force, ont tenté de bouleverser le destin national depuis un plateau de télévision. Une démarche improvisée, presque caricaturale, mais dont les implications sont tout sauf anodines.

Ce triste épisode montre qu’aucune démocratie n’est à l’abri des dérives de factions opportunistes, prêtes à sacrifier la République sur l’autel de leurs rancœurs internes. Les motivations invoquées par les mutins et qui portent sur des frustrations dans les carrières militaires, le sentiment de marginalisation et les revendications sécuritaires, ne résistent à aucune analyse politique sérieuse. Ce n’était pas l’expression d’un malaise national. Il s’agit d’un agenda corporatiste maquillé en prétendu sursaut patriotique.

Leur action, aussi maladroite que dangereuse, témoigne d’une profonde méconnaissance des mécanismes institutionnels. L’idée qu’un acte isolé, une intervention improvisée à la télévision publique, suffirait à renverser un État structuré, trahit une lecture archaïque du pouvoir. Ils savent pourtant que Le Bénin demeure un pays doté d’institutions fonctionnelles, d’une armée républicaine professionnelle et d’un appareil sécuritaire qui, malgré ses défis, fait ses preuves. En croyant pouvoir rompre cet équilibre en quelques minutes, les putschistes ont montré à quel point ils étaient déconnectés de la réalité politique.

La réponse rapide et déterminée des forces de défense et de sécurité a permis de contenir une dérive qui aurait pu ouvrir la porte à un cycle de violences et d’instabilité diverses. Dans un contexte régional sous tension, toute rupture institutionnelle au Bénin aurait eu un effet domino dévastateur, aggravant l’insécurité et fragilisant davantage l’espace CEDEAO déjà ébranlé. Que les mutins n’aient pas anticipé ces conséquences ou qu’ils les aient ignorées, souligne le caractère irresponsable de leur démarche.

Mais au-delà de l’échec du putsch, un impératif politique s’impose en termes de clarification et d’assainissement. La tentative met en lumière la nécessité de renforcer encore davantage les dispositifs de contrôle interne des forces armées, de moderniser les mécanismes d’encadrement des officiers et de consolider la culture républicaine au sein des corps en uniforme. Il est urgent de veiller à ce qu’ aucune faille ne permette à d’autres d’imaginer reproduire une telle aventure.

Il appartient désormais à la justice de traiter ce dossier sans complaisance. Une démocratie qui pardonne les coups de force sans en tirer les conséquences se fragilise elle-même. La fermeté n’est pas une option ; elle est une nécessité stratégique. Un message clair doit être envoyé à tous les instigateurs éventuels: “Au Bénin, le pouvoir ne s’arrache pas par effraction ; il se conquiert par le vote et se défend par le droit.”

Ce putsch manqué laissera des traces. Il doit surtout servir de point de départ pour repenser la résilience de l’État face aux crises internes. Car si la tentative fut une farce, ses implications, elles, sont profondément sérieuses. Et c’est précisément pour cela qu’elle doit être traitée avec l’implacabilité qu’exige toute attaque contre l’ordre constitutionnel.

✍️ Fidèle Sèna VODOUNON

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