Il y a une différence abyssale entre celui qui a affronté le lion les yeux dans les yeux et celui qui ne l’a aperçu que de dos. Les deux n’ont ni vécu la même scène, ni compris la même menace. C’est à cette métaphore que renvoie l’épreuve du dimanche 07 décembre dernier : un moment de vérité qui a révélé, au grand jour, les courageux d’un côté, et les fauves tapis dans l’ombre de l’autre.
Car pendant que certains tentaient de comprendre, d’analyser, de protéger l’essentiel que constitue la paix, les institutions, les familles; d’autres, de véritables sauvages politiques, attendaient que la poussière retombe pour fondre sur leurs proies. Oui, dans ce pays, saluer ce qui fonctionne est devenu un crime. Voir le verre à moitié plein est désormais une faute morale. Reconnaître les avancées, un péché capital. Quel gâchis pour la raison et quelle faillite de la conscience nationale !
Le plus révoltant n’est pourtant pas la tentative elle-même, mais la danse macabre qui s’en est suivie. Voilà que surgissent, comme sortis des décombres, les prêcheurs de l’hypocrisie : « tirer les leçons », « convoquer des assises nationales », « ouvrir le dialogue ». Quelle indécence ! Quelle imposture !
Ces mêmes individus qui, tapis dans l’ombre, attendaient le sang pour diffuser des listes funestes, se présentent aujourd’hui comme des pleureuses professionnelles sur la scène du crime. Ils ne se dissimulent même plus derrière des larmes de crocodile. Ils plaident, sans vergogne, la banalisation d’un coup d’État, comme s’il s’agissait d’un simple débat d’idées, d’un malentendu à régler autour d’une table. Quelle hérésie politique et morale !
Aucun pays au monde n’est à l’abri des menaces. Les États-Unis eux-mêmes ont été frappés au cœur le 11 septembre 2001. La sécurité absolue n’existe pas. Il revient aux autorités légitimes d’anticiper, de prévenir et de répondre aux périls. Mais demander à un peuple de tendre la main à ses braqueurs, d’ouvrir le dialogue avec ceux qui ont voulu le plonger dans le chaos, relève non de la naïveté, mais de la complicité.
À moins que les partisans de cette prétendue discussion ne se présentent, à la face du monde, comme ce qu’ils sont réellement : les commanditaires politiques, idéologiques ou moraux de la forfaiture. Qu’ils aient alors le courage d’assumer leur rôle dans cette entreprise de déstabilisation.
Le Bénin n’a pas besoin de marchands de chaos déguisés en sages. Il a besoin de vérité, de fermeté et de mémoire. On ne discute pas avec ceux qui ont choisi la violence contre la République. On les nomme, on les dénonce et on les juge.
✍🏾 Fidèle Sèna VODOUNON
