MA LECTURE (Chronique Express)

L’indignation à géométrie variable de Kemi Seba

Il arrive un moment où le vernis de la posture morale se fissure, laissant apparaître ce qu’elle a toujours dissimulé de piteux. Il s’agit de cette forme d’indignation sélective, opportuniste et foncièrement cynique. Kemi Seba semble aujourd’hui frappé par ce travers, celui qui consiste à convoquer l’émotion lorsqu’elle sert son récit, et à la piétiner sans scrupule dès lors qu’elle contrarie sa ligne idéologique ou ce qui en tient lieu.

Le voici donc plaidant, avec une emphase larmoyante, pour son épouse ou ex-épouse, car  la confusion elle-même est révélatrice. Il la décrit apolitique, innocente, mère exemplaire, gravement malade, au pronostic vital engagé. Soit. Depuis quand une personne dont la vie serait suspendue à l’urgence d’un bloc opératoire sillonne-t-elle le monde pour assurer la promotion d’un ouvrage ? À moins que la médecine ait changé de paradigme, nous sommes ici face à une narration pour le moins bancale, sinon franchement mensongère.
Cette soudaine exaltation de la sacralité de la vie humaine contraste violemment avec des silences passés et récents. Car Stellio Capo Chichi avait applaudi à tout rompre la tentative des hors-la-loi qui s’en sont pris à la République le 07 décembre 2025. Glaçant!
Où était cette compassion lorsque l’épouse du général Bada, elle aussi mère de famille, elle aussi innocente, fut assassinée ? Faisait-elle de la politique pour mériter la mort ? Et que dire de sa fille, frôlant la mort dans un traumatisme qui la marquera à jamais ? Quel crime avait-elle commis pour que son sang ne mérite ni indignation, ni larmes, ni même un mot de décence ? Et que dire encore des hommes en uniforme qui ont risqué leur vie pour que vive la République le 07 décembre 2025 ?

Kemi Seba affirme être séparé de cette femme et soutient qu’elle n’aurait aucune information sur lui. Admettons la séparation. Mais peut-on sérieusement invoquer l’éloignement conjugal pour justifier l’abandon moral ? Car enfin, elle demeure la mère de ses enfants. Ignorer sa situation, ne pas prendre de nouvelles, c’est, au choix, mentir éhontément ou assumer l’image d’un père démissionnaire. Dans les deux cas, la posture morale s’effondre.

N’oublions pas non plus que le Bénin sort à peine d’une tentative de mutinerie qui aurait pu précipiter le pays dans un cycle de désordre incommensurable. Un fait ouvertement et publiquement applaudi par Stellio Capo Chichi, alias Kemi Seba. Dans ce contexte, la vie des Béninois tombés sous les balles des imposteurs semble ne rien représenter à ses yeux, pour peu qu’il puisse se couler une existence confortable dans l’AES. Il n’a d’ailleurs pas la patience d’attendre que la justice démêle l’écheveau. Lorsque, par exemple, le fils de l’ancien président Yayi Boni fut interpellé, il n’y avait soudainement aucun péril en la demeure pour le néo-panafricaniste Capo Chichi. Pourtant, les autorités judiciaires du Bénin ne sont pas dupes.
En définitive, Kemi Seba ne défend pas des principes : il instrumentalise des drames. Il ne protège pas les innocents : il les convoque lorsque cela sert son agenda. Cette morale à géométrie variable, cette compassion à sens unique, ne trompe plus que ceux qui refusent de voir. Au risque de passer pour des mal lettrés comme Kemi Seba, nous devons comprendre enfin que derrière le verbe enflammé, il n’y a ni constance ni humanisme, mais seulement une indignation de circonstance.

✍️ Fidèle Sèna Vodounon

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