
Il faut parfois saluer l’art consommé de la contradiction au Niger, où les dirigeants actuels semblent avoir inventé une nouvelle discipline diplomatique, la géopolitique du mégaphone. Mais cela se combine bien à la logistique du voisin honni, hélas.
D’un côté, on ferme les frontières, on gronde, on vilipende le Bénin à longueur de discours martiaux. De l’autre, on confie tranquillement ses équipements militaires à l’armée béninoise. Oui, celle-là même qu’on accuse publiquement de tous les maux. Pathétique, n’est-ce-pas !
Dans cette pièce de théâtre régionale, le Bénin joue le rôle du “méchant” qui sécurise le convoi, assure le passage et évite les incidents. Pendant ce temps, Niamey semble osciller entre posture révolutionnaire et dépendance logistique. Une main ferme la porte, l’autre tend discrètement la clé au voisin qu’on prétend combattre. Voilà une diplomatie qui ferait rougir les scénaristes de comédies politiques.
Car enfin, si le corridor béninois est jugé suffisamment sûr pour transporter du matériel militaire sensible, pourquoi le diaboliser publiquement ? Si l’armée béninoise est assez professionnelle pour escorter un convoi stratégique, pourquoi entretenir un discours de méfiance permanente ? À force de jouer au pyromane le jour et au pompier la nuit, le message devient confus, même pour les spectateurs les plus indulgents.
Pendant ce temps, Cotonou fait ce que font les États responsables : assurer la sécurité régionale sans tambour ni trompette.
Une attitude des autorités béninoises qui rappelle que la maturité diplomatique ne se mesure pas au volume des déclarations, mais à la constance des actes.
Comment ceux qui ferment les portes commerciales et dénoncent les ports voisins arrivent-ils à garder une confiance intacte dans les routes… quand il s’agit de transporter leurs propres équipements?
Pour Tiani, le Bénin serait dangereux pour les marchandises, mais miraculeusement fiable pour les convois militaires. Une logique qui mérite sans doute une nouvelle école de pensée stratégique.
Au fond, cette affaire révèle moins la faiblesse d’un voisin que l’embarras d’un discours officiel pris à son propre piège. On ne peut pas passer ses journées à peindre son voisin en ennemi irréductible et, la nuit venue, lui confier les clés du garage. À un moment, la réalité finit toujours par rattraper la rhétorique.
Pendant que certains multiplient les postures héroïques, le “méchant” continue de faire ce qu’on attend d’un partenaire sérieux : agir avec responsabilité. Peut-être qu’un jour, les discours et les actes finiront par voyager sur la même route. En attendant, la satire s’écrit presque toute seule, escortée, bien sûr, par le pragmatisme béninois avec élégance.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
