Sur les ondes d’une radio confessionnelle bien connue de Cotonou, un invité, manifestement inspiré par une gastronomie d’un autre âge, s’est lancé dans une démonstration pseudo-culinaire où la chair humaine devenait ingrédient et le cimetière, supermarché de proximité.
Fort heureusement, la réalité institutionnelle a repris le dessus. Dans une décision ferme rendue ce 23 février 2026, la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) a suspendu l’émission incriminée, interdit d’antenne son animateur et a annoncé la saisine du Procureur de la République au sujet des déclarations de l’invité. Une réaction que d’aucuns jugeront sévère ; d’autres, simplement salutaire. La liberté d’expression n’est pas un buffet à volonté
La satire voudrait que l’on feigne l’étonnement dans le style : Comment ? On ne peut plus, en 2026, disserter tranquillement sur les vertus gustatives de son prochain ?

Mais au-delà de l’ironie, la question est sérieuse. La liberté d’expression, principe cardinal d’un État de droit, n’a jamais été synonyme d’impunité ni de promotion du crime. L’apologie d’actes criminels, la banalisation de la violence extrême ou l’atteinte flagrante à la dignité humaine ne relèvent ni du débat d’idées ni de l’humour noir. Tout cela franchit une ligne rouge.
En laissant prospérer à l’antenne des propos présentant le cannibalisme comme une expérience personnelle assumée, assortie de détails macabres, l’émission a certainement glissé du témoignage au spectacle malsain. Et c’est précisément là que le régulateur doit intervenir pour protéger l’ordre public, la morale sociale et la responsabilité éditoriale.
En suspendant l’émission et en sanctionnant son animateur, la HAAC envoie un message limpide : les ondes publiques ne sont pas un laboratoire d’expérimentations morbides. Le sensationnel ne saurait tenir lieu de ligne éditoriale, et le choc ne peut remplacer l’éthique.
Dans une société attachée à ses valeurs et à la protection des plus vulnérables, la régulation n’est pas un caprice administratif ; elle est une digue. Et lorsqu’un discours franchit les limites du tolérable, il est rassurant de constater que les institutions ne se contentent pas de hausser les épaules.
Au fond, la morale de cette affaire est simple : à la radio comme à table, tout ne se met pas au menu.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
