Education

Entretien avec le Ministre Salimane KARIMOU: «Le taux d’achèvement ne permet pas de savoir combien d’élèves ont décroché chemin faisant». (Première partie)

À la faveur d’un entretien avec les professionnels des médias, le Ministre Salimane KARIMOU en charge des enseignements maternel et primaire a accepté de lever un coin de voile sur les performances de son sous-secteur qui se retrouve à l’épreuve des intoxications diverses et surtout des affirmations gratuites visant à balayer du revers de la main les acquis engrangés depuis 09 ans aussi bien en matière de rétention, de promotion, de taux d’achèvement sans oublier les mesures spécifiques liées aux traitements du personnel en l’occurrence les AME (Aspirants au Métier d’Enseignant).

Monsieur le Ministre, l’accroissement des divers taux en matière de performance dans votre sous-secteur ne semble pas faire l’unanimité. Qu’en est-il réellement de l’authenticité des divers taux affichés par le système ?

Vous savez, l’appréciation de l’efficacité interne ou externe de l’éducation, c’est à travers des indicateurs qui sont définis en amont et qui permettent de dire si les objectifs à court terme sont atteints et si également ceux à long terme sont envisagés pour être effectivement atteints. Au nombre de ces indicateurs, on vous parlera du taux de rétention, du taux de scolarisation, taux de promotion, taux de redoublement et pourquoi pas du taux d’achèvement. C’’est valable pour tous les ordres d’enseignement. Donc au niveau du sous-secteur des enseignements maternel et primaire, le contenu du taux d’achèvement n’est pas exactement le même qu’au niveau des deux autres. Il faut dire que depuis 2016, qu’il nous souvienne que le gouvernement a initié beaucoup de réformes et le secteur de l’éducation n’a pas échappé à ces réformes. Des réformes qui ont induit des mesures et je pourrais vous dire que neuf ans après au niveau du sous-secteur des enseignements maternel et primaire, on peut valablement parler aujourd’hui de ce que nous avons réellement comme résultats, comme vous l’avez constaté par rapport à l’examen qui sanctionne la fin du cycle primaire conformément à la loi d’orientation de l’éducation nationale en République du Bénin. Je voudrais un peu m’attarder sur ce point-là parce que j’entends beaucoup de choses également. Depuis 2016, d’année en année le taux d’inscription augmente. Même en période de Covid, nous n’avons pas connu de régression en matière de taux d’inscription au CEP et c’est ce qui justifie l’augmentation de près de 6 % pour le compte de cette année 2025. Je peux vous dire que de façon générale, le système éducatif béninois se porte bien, même s’il y a toujours des choses qu’il faut pouvoir corriger, puisque le secteur de l’éducation est un secteur dynamique.

Au regard de la batterie de mesures d’accompagnement, que diriez-vous du taux de rétention par exemple ?

Lorsque je reviens à la politique consistant à maintenir les apprenants dans le système éducatif, notamment au niveau du sous-secteur, on l’évalue par rapport à ce qu’on appelle le taux de rétention, c’est-à-dire les enfants qui sont entrés à l’école au Cour d’initiation (CI) pour la première année du primaire chez d’autres, à la fin de l’année combien parmi eux on retrouve au cours suivant, le Cour préparatoire (CP), deuxième année ? Est-ce que chemin faisant il y a des enfants qui ont abandonné ? Lorsque vous prenez du CP et ainsi de suite et quand vous prenez tout le cursus jusqu’au CM2, combien on retrouve finalement au CM2 qui est la classe terminale du primaire ? Par conséquent, on parle de taux de rétention et là c’est à travers les différentes politiques mises en place que cela s’apprécie.
Chaque pays peut se fixer des objectifs en disant moi je voudrais que le taux de rétention dans mon pays soit 100 %. Ce serait vraiment l’idéal. Mais on dirait que ce n’est pas réaliste parce qu’il y a plusieurs facteurs qui peuvent amener des enfants à quitter l’école. L’État n’a pas la maîtrise de toutes les données ou de tous les contours.
En 2016, le taux de rétention était de 72 % c’est-à-dire que sur 100 qui entrent à l’école il y avait que 72 qu’on retrouvait dans le système. En termes de taux de rétention pour le compte de l’année 2023-2024, nous sommes à 96 %. Ça veut dire que sur 100, il y a 96 qui continuent d’être à l’école et 4 qui ont dû prendre d’autres chemins.

Revenons sur la question du taux d’achèvement, quel est le mécanisme de son évaluation ?

De façon technique, je vous dirai que le taux d’achèvement s’obtient en établissant le rapport entre l’effectif total quel que soit l’âge des enfants qui arrivent en classe terminale du primaire c’est-à-dire au CM2 pour la première fois (donc ça ne prend pas en compte les redoublants de la classe de CM2), quel que soit leur âge, et l’effectif des enfants en âge de terminer le cycle primaire c’est-à-dire en âge d’aller au CM2 ou à défaut en âge d’arriver au CM1 pour le compte de l’année qui a précédé mais en fin d’année de CM1. Alors quand vous retrouvez un enfant de 8 ans pour le CI, vous pouvez vous imaginez déjà à quel âge il pourra arriver au CM2 qui est la phase terminale du primaire. Quand vous mettez tout ça là ensemble, retenez que le taux d’achèvement ne permet pas de savoir combien d’élèves ont décroché chemin faisant; mais le taux d’achèvement permet de savoir combien d’élèves ont eu des difficultés dans le cursus et non pas pu faire les 6 ans prévus, qui sont allés au-delà. Vous convenez avec moi que c’est juste pour ça. Donc ça ne traite pas de question de déperdition. De ce point de vue, vous pouvez être à l’aise. je voudrais également partager avec vous ce que nous avons constaté et pour être honnête en 2015 si mes souvenirs sont bons, le taux d’achèvement évalué était estimé entre 77 et 79 %. Alors aujourd’hui qu’en est-il? Le taux d’achèvement aujourd’hui est un peu moins de 70 % et pourquoi je vais vous expliquer. En 2016, le taux de réussite à l’examen du CEP était de 40 % à peine si vous vous en souvenez. Nous avons pris la lourde responsabilité de décharger tous les directeurs qui avait 0 % au CEP et on avait déchargé près de 700 directeurs. L’année qui a suivi, on a fait la même chose. Alors cela a réveillé l’attention des enseignants sur le terrain et des directeurs d’école qui par le passé du fait de cette politique de passage systématique des enfants et ce qui permettait d’avoir un taux élevé au CEP, 90 % et plus en 2015, alors les directeurs d’école et les enseignants pour protéger leur fonction et protéger leur carrière, ont commencé par sélectionner les enfants déjà à partir même du Cour d’initiation. Donc ce n’est pas tous les enfants qui arrivaient au Cour d’initiation en son temps qui normalement devrait aller au Cour préparatoire sans aucune autre forme de formalité qui y allaient. On a commencé par faire des sélections c’est sur le terrain et nous-mêmes, malgré le suivi qu’on a mis en place, malgré le contrôle qu’on avait, je dois avouer que on n’a pas pu très tôt saisir qu’ils ont pris des dispositions pour contourner disons les sanctions qui pourraient arriver. Les directeurs et les enseignants ont peur des sanctions ils ont commencé par faire des sélections contrairement aux dispositions réglementaires. Ça a agi sur un certain nombre d’années. On a fait le constat à partir de 2019, comme quoi le taux d’achèvement a chuté , parce qu’il y a beaucoup de redoublants. Ce n’est pas à confondre avec le décrochage, c’est pas à confondre avec la déperdition scolaire car les enfants sont à l’école, mais sur place, ils passent à l’école plus de temps qu’ils ne devraient pas. Voilà ce que nous avons constaté qui a fait que nous avions paré au plus pressé pour ramener les enseignants sur la voie initiale et la voie conforme aux textes qui existent en la matière. Ce qui fait que depuis 2021, le taux a commencé par s’améliorer et est de 69 % actuellement.

✍️ Fidèle Sèna VODOUNON

Articles connexes

Journée Mondiale des Enseignants : Djougou accueille la célébration officielle ce 09 octobre 2025

Journal L'Express

Lancement de « Passport to successful translation »

Journal L'Express

Excellence des filles en milieu scolaire : Les justes recommandations de la ministre Véronique TOGNIFODE aux Lycéennes de TOFA 1er

Journal L'Express

Leave a Comment