Education

Entretien avec le Ministre Salimane KARIMOU: «C’est le taux de rétention qui détermine beaucoup plus la santé du système éducatif» (Suite et fin)

Point d’amalgame entre les indicateurs d’état liés à la durée de la scolarité comme le taux d’achèvement et le taux de rétention ou encore de réussite qui donnent significativement un aperçu réel des performances et de la qualité du système éducatif. C’est l’essentiel à retenir de cette seconde partie de l’entretien avec le ministre Salimane KARIMOU qui n’a pas occulté le sort des AME (Aspirant au Métier d’Enseignant) quant à leur reversement qui est déjà un acquis dont les modalités de mise en œuvre sont presque en fin d’étude. Lisez plutôt :

Monsieur le ministre, dans tous les cas les chiffres sont là et prouvent que les performances sont évidentes. Mais est-ce véritablement la réalité par rapport au niveau des apprenants ?

Nos enfants aujourd’hui, que ce soit dans le public ou dans le privé; quand vous allez vous interrogez par rapport à leurs compétences développées selon leur niveau, vous-mêmes vous constatez qu’il y a un changement majeur par rapport au passé. Je peux vous dire de façon ramassée que notre système éducatif aujourd’hui du moins pour ce qui concerne le sous-secteur des enseignements maternel et primaire se porte bien. Il y a certainement et sûrement des choses encore à améliorer, car c’est un secteur très dynamique.

Augmentation des différents taux, d’accord . Mais quels en sont les facteurs favorables si on prend le taux de rétention par exemple ?

Si on doit parler du taux de rétention et c’est là où je voudrais vraiment que nous focalisions notre attention, c’est le taux de rétention qui détermine beaucoup plus la santé du système éducatif, quand on maintient les enfants à l’école. Il y a plusieurs facteurs qui ont permis aujourd’hui de passer de 72% en 2016 à 92% en 2023. Qu’il vous souvienne que le programme national d’alimentation scolaire intégré (PNASI) est intervenu de façon concrète en 2017. Vous savez aujourd’hui que l’État à travers ce financement important, plus de 30 milliards de francs cfa sont injectés dans le secteur pour nourrir les enfants à l’école, pour permettre aux enfants d’avoir droit à un repas chaud chaque jour de classe. Aujourd’hui, c’est 32,5 milliards du budget national avec la contribution des partenaires. Alors un enfant qui a l’assurance de pouvoir trouver à manger à l’école, à défaut de l’avoir à la maison, court désormais vers l’école. Il y a que ce programme-là a eu à contribuer abondamment. Ensuite il y a la présence effective des enseignants à l’école. Qu’il vous souvienne qu’à travers les différentes mesures que nous avons prises, à travers également le développement du dialogue social fécond, un dialogue qui s’anime au jour le jour, les enseignants sont beaucoup plus à la tâche et cela rassure les parents et également les apprenants qui viennent à l’école.
Cela a également contribué à l’amélioration des différents taux.


Par rapport au maintien j’ai parlé tantôt des kits scolaires que l’État avec ses partenaires met à la disposition des enfants. Un enfant qui n’a pas de tenue scolaire prévue peut être gêné personnellement d’aller à l’école et de se retrouver différent des autres et préférerait rester à la maison. Un enfant qui arrive à l’école sans disposer du minimum de fournitures scolaires pourrait également se décourager et dire, bon, moi je ne suis rien par rapport aux autres. Toutes ces mesures là on fait que les enfants sont beaucoup plus restés à l’école.
Je ne vous ai pas encore parlé des taux de réussite. De façon générale, en dehors de ce que nous avons dit par rapport au taux d’achèvement et au taux de rétention, nous avons également connu de réussite concrète effective au niveau de la performance de nos apprenants à l’école aujourd’hui. Du moment où les enseignants sont présents et sont à la tâche, du moment où les apprenants sont pris en charge, je crois qu’il n’y a rien à faire, les résultats seront toujours au rendez-vous.

La question des AME, qu’en est-il du recrutement et des promesses de reversement?

Merci beaucoup. De façon générale, je pourrai vous dire que l’introduction de cette catégorie d’enseignants dans le système a permis de résoudre au niveau de l’État, beaucoup de problèmes au nombre desquels, celui dont je vous ai parlé tout à l’heure comme quoi, avant que l’enfant ne vienne à l’école; au-delà d’avoir l’assurance de trouver à manger, qu’il ait également l’assurance de la présence d’un enseignant. Alors le gouvernement s’est fixé l’objectif d’avoir dans chaque classe depuis 2016 un enseignant. Dans ce cadre, toutes les dispositions ont été prises. Je ne manquerai pas de vous dire en 2016, le déficit en enseignants à la maternelle et au primaire était de 12126. Ça veut dire que, il y avait plus de 12000 salles de classe sans enseignants en 2016. Alors il fallait parer au plus pressé, sinon les élèves n’apprendront rien. En 2016 dans un budget que le gouvernement de 2016 a pris en cours d’exécution, puisque vous vous souvenez que le premier gouvernement du President de la République a été mis en place en avril 2016. Le budget de l’État 2016 étant déjà mis en exécution depuis janvier 2016 donc, c’était un budget en cours d’exécution. Et voilà qu’on se retrouve en face d’une situation du genre où on a plus de 12000 salles de classe sans enseignants.
Première mesure prise, le gouvernement a hérité déjà d’une disposition qui voudrait qu’il y ait de concours de recrutement dans l’enseignement. Cela ne visait qu’environs 3171 enseignants qu’on appelait les contractuels. Le gouvernement a fait organiser ce concours là en 2016 et on a pu recruter les 3000 et quelques enseignants contractuels. 3000 et quelques disons 4000 dans 12000 vous voyez que ça ne règle encore aucun problème. L’état des lieux nous a permis en ce moment là dans le secteur-secteur, de constater qu’il y avait beaucoup d’enseignants aux postes sédentaires, en termes de bureau où les gens sont, alors qu’ils sont des enseignants formés. On a sorti des critères pour vérifier si ces enseignants souffrent de certaines carrences au plan sanitaire. Qu’est-ce qui justifie leur position au poste sédentaire , alors qu’ils devraient être dans les salles de classe? Après les recoupements, on a fait les analyses et on a pu redéployer, renvoyer sur le terrain de la classe 3088 enseignants. En octobre 2016, on a déjà coupé le déficit là de moitié donc il restait maintenant la moitié qu’il fallait trouver. C’est là où le gouvernement a pensé à cette catégorie d’enseignants qui ne sont rien d’autres que ceux que les populations utilisaient directement ceux qu’on appelait les enseignants communautaires.
Au lieu de laisser la charge aux communautés pour les prendre en charge et les payer, le gouvernement a dit : «je m’en occupe pour combler totalement le déficit». Le ministère a exprimé ses besoins en la matière. D’où l’avènement des Aspirants au Métier d’Enseignant. On a déterminé les critères et au niveau du primaire, il fallait être détenteur tout au moins du baccalauréat ou bien d’un diplôme professionnel de Certificat élémentaire d’aptitude pédagogique (CEAP) ou le Certificat d’aptitude pédagogique (CAP). Le gouvernement a fait organiser un test de recrutement des AME. Et on a créé ce qu’on a appelé la base de données et on déployait ces enseignants là sur le terrain sur la base des moyennes qu’ils ont obtenu. On n’a pas mis dans la base de données tous ceux qui ont une moyenne inférieure à 10/20, ce qu’on appelait la base de données et la base de compétences. C’est ceux-là qui ont été déployés. Non seulement ils ne sont pas laissés à la portée des communautés ou peut-être même des directeurs d’école, c’est que ils ont bénéficié d’un traitement meilleur à celui que les communautés selon leurs moyens auraient pu leur offrir et ils étaient payé directement du budget national.

Chemin faisant , il y a eu la requête qui voudrait qu’on les reverse en Agents Contractuels de Droit Public de l’État. Le gouvernement s’est organisé et a décidé de les reverser effectivement en ACDPE. je profite de votre canal pour le leur rappeler, c’est un acquis. Tous les enseignants qui sont aujourd’hui utilisés, ils sont un peu plus de 16000 au niveau du sous-secteur ont doit au reversement, tout ce qui reste est question de modalité. En tant qu’AME ils sont toujours dans le système. L’État n’a pas encore demandé la rupture de leur contrat et ils bénéficient de leur traitement même si la nature humaine est toujours encline à l’amélioration de leur condition de vie, ce qu’ils ont aujourd’hui comme traitement pour ma part est déjà mieux que ce qu’ils avaient quand ils étaient communautaires. Donc qu’ils soient rassurés. c’est vrai que le volet de gestion là n’incombe pas tout simplement au sous-secteur des enseignements primaires. Il y a les finances et la fonction publique qui doivent intervenir également. C’est un ensemble disons de ministères qu’on appelle un comité interministériel et c’est sur les modalités que les équipes continuent de travailler. Alors on a dit dans la mesure que tous ceux qui ont déjà 3 ans d’ancienneté en tant qu’aspirant au métier d’enseignants ont droit au reversement.
S’ils ont tous aujourd’hui au-delà de 3 ans d’ancienneté, alors en fonction des ressources de l’État disponibles, vague par vague, ils vont être reversés. L’exigence que moi je fais pour qu’ils soient reversés effectivement, c’est la qualité de leur prestation. N’est pas enseignant qui veut mais qui peut et qui comprend ce qu’il doit faire et qui le fait déjà par rapport même à son niveau de connaissance à son niveau de compétence. Si les insuffisances relèvent de l’État on ne peut pas le faire porter mais tout au moins qu’ils soit ponctuels qu’il soient assidus et qu’ils fassent leur travail et il y a rien à faire, ils vont devenir ACDPE et pourquoi pas devenir fonctionnaire de l’État.

9 ans, 10 ans, la question de l’âge réglementaire des enfants pour aller au CEP est aussi quelque peu confuse. Monsieur le ministre, une clarification ?

L’examen est régi par des textes et tous ces aspects-là ont été pris en compte. C’est de plus en plus courant aujourd’hui ce qui n’était pas le cas dans le passé, de retrouver au CM2 des enfants de 9 ans. Alors que pour être autorisé à s’inscrire au CEP, il faut avoir 10 ans. Mais les textes ont prévu ces cas là et on fait établir à ces enfants de 9 ans ce qu’on appelle une dispense d’âge en plus. C’est le candidat qui fait la demande. Car pour être candidat au CEP, il faut avoir au moins 10 ans. Par contre quand vous voyez un garçon qui arrive au CM2, comme ce qu’on disait par rapport au taux d’achèvement, à l’âge de 15 ans ou 16 ans, donc plus âgé, dns ce cas, les garçons qui ont 16 ans, là également il est permis qu’il fasse une dispense d’âge en moins. C’est pareil pour les filles. Même si personnellement je ne conseille pas la scolarisation précoce qui voudrait qu’un enfant se retrouve à 9 ans au CM2 pour aller à un examen le souhait est que nous ayons de plus en plus de jeunes en fin de scolarité. Et si nous avons de plus en plus de jeunes en fin de scolarité, alors ça va permettre de résoudre le problème du taux d’achèvement au primaire. Je vous remercie.

✍️ Fidèle Sèna VODOUNON

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