MA LECTURE (Chronique Express)

Rameurs à contre-courant

Il est des acteurs politiques qui, refusant la posture passive de simples spectateurs, s’efforcent de nager à contre-courant d’une dynamique qui semble pourtant les avoir dépassés. Chaque révolution, même lorsqu’elle est voulue et assumée, charrie inévitablement son lot de frustrations et d’amertumes. Mais l’actualité politique béninoise nous livre un paradoxe d’autant plus saisissant qu’il met en scène l’un des vétérans de la vie publique : Le président Adrien HOUNGBÉDJI.

On se souvient encore de ses déclarations dithyrambiques, louant sans réserve les réformes initiées par le Président Patrice TALON. Ces propos, prononcés il n’y a guère longtemps, résonnaient comme une véritable onction politique. Et pourtant, voici que l’ancien chef du Parti du renouveau démocratique, englouti depuis dans les racines profondes de l’Union progressiste désormais « UP le Renouveau », adopte aujourd’hui un ton radicalement opposé. Les gloires du passé, portées par des pratiques qu’incarne une génération révolue, semblent ressurgir face à un TALON qui n’a pas hésité, micros et caméras à l’appui, à en dénoncer les travers.

Faut-il, pour autant, accorder tout crédit au dernier communiqué du patriarche d’Adjina, visiblement ulcéré par ceux qui, selon lui, le braderaient à vil prix face à la dynamique incarnée par Romuald WADAGNI, candidat unique de la majorité pour l’élection présidentielle de 2026 ? La question mérite d’être posée. Mais il apparaît que l’adhésion massive et spontanée à la candidature de l’actuel ministre des Finances dépasse désormais le stade des validations partisanes qui, autrefois, suffisaient à fragiliser un gouvernement tout entier.

L’époque où l’accès à une liste électorale relevait d’un acte de vassalité absolue envers le chef du parti semble bel et bien révolue. C’est là une mutation majeure qu’il convient de reconnaître : La confrontation des projets de société, l’évaluation des idées et la comparaison des visions de gouvernance constituent désormais les pierres angulaires du jeu politique. En cela, Patrice Talon aura réussi à ériger en norme un système partisan qui, malgré ses balbutiements, a pris racine.

Il n’en demeure pas moins que la mémoire collective garde encore le souvenir des volte-face de certains leaders qui, il y a peu, justifiaient leur ralliement à la mouvance présidentielle, non pas par conviction programmatique, mais par lassitude d’une opposition devenue trop lourde à porter. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les « saintes jérémiades » actuelles : Elles masquent mal le malaise d’une classe politique confrontée à la montée en puissance d’un consensus national autour d’un candidat choisi sur la base d’une dynamique collective plutôt que de simples allégeances personnelles.

Les plus avisés auront saisi, à demi-mot, l’aveu du patriarche : Il n’est jamais aisé de ramer à contre-courant. Et moins encore en ces temps où le vent entraîne, presque irrésistiblement, une large frange de la nation vers un homme dont le projet de société n’a de secret que le savant dosage d’une trilogie désormais familière : Continuité, innovations et développement.

✍️ Fidèle Sèna VODOUNON

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