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Tiani dégaine encore sur le Bénin : Le faux combat d’un pouvoir en panne d’inspiration

Niamey demeure dans la hantise et la diversion permanente. En quête de légitimité et confronté à la difficulté de traduire ses promesses en résultats concrets, le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte nigérienne, s’en prend une nouvelle fois au Bénin. Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, le dirigeant de Niamey accuse Cotonou d’abriter des troupes françaises, prétendument stationnées à l’aéroport de Tourou et dans les parcs W et Pendjari. Il évoque même la présence d’un porte-hélicoptères français au port de Cotonou ( ndlr: objet de visite même par des civiles), qu’il présente comme la preuve d’un supposé débarquement militaire visant à attaquer le Niger.

Ces affirmations, non étayées par des éléments vérifiables, s’inscrivent dans une série d’accusations récurrentes de Niamey à l’encontre de son voisin du Sud. Elles témoignent moins d’une menace réelle que d’une stratégie politique de diversion, destinée à détourner l’attention d’une opinion publique de plus en plus exigeante face à la lenteur des résultats du régime militaire.

Un voisin accusé à tort

Le Bénin, fidèle à son engagement pour la paix et la coopération régionale, a à plusieurs reprises invité les autorités nigériennes à venir constater sur place la réalité du terrain. Ces invitations, restées sans suite, montrent la volonté de transparence du gouvernement béninois, soucieux de dissiper les malentendus et de préserver la fraternité entre les deux peuples.

Depuis le coup d’État de juillet 2023, Niamey a maintenu ses frontières fermées avec le Bénin, justifiant cette décision par des soupçons similaires. Au-delà de ces prétextes sécuritaires, cette fermeture semble traduire une volonté non avouée d’affaiblir le port de Cotonou, principal débouché maritime du Niger, et de redéfinir les équilibres économiques régionaux à des fins politiques.

Le Bénin, entre résilience et responsabilité

Malgré les difficultés engendrées par cette situation, le Bénin a démontré une remarquable capacité de résilience. Dans un contexte international marqué par les crises économiques successives — notamment la guerre en Ukraine —, Cotonou a poursuivi ses réformes, consolidé ses institutions et renforcé la sécurité nationale, notamment dans les zones frontalières.

Il faut rappeler que le Bénin n’est pas épargné par les menaces sécuritaires. Ses forces de défense sont régulièrement confrontées à des incursions d’individus armés dans la région du parc W et du point triple, où elles opèrent avec détermination pour protéger le territoire national. Contrairement à certaines déclarations venues de Niamey, ces efforts se mènent sans appui extérieur massif, mais avec des moyens nationaux et un sens élevé du devoir républicain.

Une dérive de communication politique

Les accusations du général Tiani apparaissent dès lors comme le symptôme d’un pouvoir enfermé dans une logique de méfiance et de repli. En multipliant les attaques verbales contre un pays voisin historiquement allié, Niamey prend le risque d’isoler davantage le Niger sur le plan diplomatique, alors que la région a plus que jamais besoin de coopération face aux menaces communes. L’enjeu pour le Niger n’est pas de se créer des adversaires imaginaires, mais de consolider la stabilité intérieure, de restaurer la confiance des partenaires et de répondre aux attentes sociales et économiques de sa population.

Un malentendu entretenu

Au fond, le général Tiani se trompe de combat. Le Bénin ne représente pas une menace pour le Niger, mais un partenaire naturel, un voisin loyal et un acteur de paix dans la sous-région. Les relations entre les deux pays reposent sur des décennies de coopération économique, culturelle et sécuritaire. Les mettre à mal par des accusations infondées, c’est affaiblir non seulement le Niger, mais toute la dynamique d’intégration ouest-africaine. Le temps est donc venu pour Niamey de substituer la méfiance au dialogue, et la rhétorique de la peur à une diplomatie de confiance. C’est à ce prix que le Niger pourra espérer sortir du cycle de suspicion et de crispation dans lequel il s’enferme peu à peu.

✍️ Fidèle Sèna VODOUNON

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