Depuis quelques jours, une partie de notre élite autoproclamée s’illustre dans un spectacle dont elle seule a le secret. Il s’agit de l’indignation sélective, soulevée à propos d’une prétendue polémique autour de la dénomination de l’aéroport Bernardin Gantin. À les écouter, on croirait que l’avenir de la Nation tout entière se joue sur un simple panneau, comme si les enjeux réels du pays n’étaient plus qu’un décor secondaire.
Ce qui frappe dans cette agitation quasi théâtrale, ce n’est pas la passion souvent feinte, mais la posture. Une attitude de gens qui se prennent pour les héritiers directs de Jupiter, avec le droit exclusif de fixer le curseur du patriotisme. Beaucoup se drapent du titre pompeux de citoyens offensés, alors même que perce, sous leurs tirades, la plainte persistante de l’opposant politique en mal de scène.
À force de s’ériger en vigiles de l’orthodoxie républicaine, ces gardiens autoproclamés du temple finissent par ressembler à cet aveugle de naissance qui jure n’avoir jamais vu la nudité de son épouse : une absurdité à la hauteur du discours qu’ils servent. Car comment s’insurger systématiquement, par réflexe, contre chaque décision — présente ou future — du gouvernement, sans perdre toute once de crédibilité ?
À côté des résultats palpables de nos efforts communs de développement, certains préfèrent s’accrocher à des querelles de façade, convaincus que le vacarme tient lieu d’argument. Libre à eux. Dans le feu de l’action publique, les gouvernants n’ont pas vocation à se laisser distraire par ces illusions d’indignation.
✍️Fidèle Sèna VODOUNON
