L’appel de Moscou à un « dialogue pragmatique » entre la CEDEAO et l’AES n’est pas une main tendue. C’est un aveu. Celui d’un échec stratégique que la propagande russe ne parvient plus à masquer. La Russie, hier encore sponsor enthousiaste des juntes sahéliennes, feint aujourd’hui la modération. Non par sagesse, mais par accablement, évidemment.
Quatre ans durant, Kremlin a vendu une illusion toxique de putschs présentés comme des révolutions, mercenaires déguisés en sauveurs, chaos rebaptisé souveraineté. Le résultat est implacable. Le terrorisme s’étend. Les attaques explosent. Les États reculent. Les peuples paient. La Russie n’a pas stabilisé le Sahel. Elle l’a enfoncé.
La promesse sécuritaire a tourné à la farce sanglante. Les régimes militaires soutenus par Moscou se révèlent incapables de protéger leurs populations. Comble du pire, ils prospèrent sur l’insécurité qu’ils prétendaient combattre.
Le Sahel n’est pas libéré. Il est pris en otage.
Les tentatives de déstabilisation régionales, menées sous couvert de solidarité « révolutionnaire », se sont heurtées à la réalité. La Côte d’Ivoire a résisté. Le Bénin a tenu. La CEDEAO a réagi. À chaque fois, la machine russafricaine s’est brisée. L’influence russe, si bruyante dans les discours, s’est révélée fragile sur le terrain.
Acculée, Moscou découvre que l’AES est un piège. Des régimes isolés, exsangues, dépendants. Un cul-de-sac géopolitique. Face à eux, la CEDEAO demeure un espace de stabilité relative, d’intégration et de résilience. Le calcul est simple : mieux vaut négocier que perdre pied.
Qu’on ne s’y trompe pas. La Russie n’a pas changé. Elle recycle ses méthodes. Et le Bénin continue d’en être victime entre manipulation, désinformation, instrumentalisation des colères, avant pendant et même la mutinerie vite contenue du 7 décembre 2025. Kremlin prêche la souveraineté en Afrique tout en la niant ailleurs. Elle parle de libération tout en imposant sa loi par la force. Une triste contradiction.
Si Moscou appelle aujourd’hui au dialogue, c’est parce qu’elle a perdu l’initiative. Si elle invoque le pragmatisme, c’est parce que la réalité l’a vaincue. L’Afrique doit entendre le message derrière les mots.
Ceux qui promettent la liberté par les armes n’apportent jamais l’indépendance. Ils sèment le désordre, récoltent l’influence, puis se retirent en laissant les ruines.
La Russie au Sahel n’a pas échoué par accident. Elle a échoué parce que son projet était illusoire dès le départ. Vivement que l’AES et les dirigeants putschistes en prennent de la graine, au plutôt.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
