MA LECTURE (Chronique Express)

La fuite en avant accusatoire du général Tiani

À peine vingt-quatre heures après l’attaque armée qui a frappé Niamey, le général Abdourahamane Tiani s’est empressé de désigner des coupables, sans attendre les conclusions d’une enquête sérieuse. Cette précipitation accusatoire, devenue presque réflexe, illustre une dérive inquiétante : celle d’un pouvoir militaire davantage préoccupé par la désignation d’ennemis extérieurs que par l’examen lucide de ses propres responsabilités.
Depuis l’avènement de l’Alliance des États du Sahel (AES), l’espace ouest-africain assiste à une succession de discours martiaux, souvent déconnectés des réalités sécuritaires du terrain. Le Niger n’échappe pas à cette logique. Les attaques ciblées qui ont endeuillé Niamey témoignent d’une fragilité sécuritaire persistante, malgré les proclamations officielles sur la solidité du dispositif mis en place par les autorités de transition.
Face à un tel drame, la priorité aurait dû être l’évaluation rigoureuse des faits, la compréhension des failles sécuritaires et la définition d’une réponse stratégique adaptée. Or, au lieu de cette démarche responsable, le général Tiani a choisi la voie de l’accusation hâtive, pointant du doigt la France, la Côte d’Ivoire et, une fois encore, le Bénin, présenté comme le bouc émissaire commode d’un échec sécuritaire de plus en plus difficile à dissimuler.
Cette posture soulève une interrogation fondamentale : comment des groupes armés ont-ils pu frapper un site aussi sensible que l’aéroport de Niamey, pourtant présenté comme une forteresse imprenable ? Si les dispositifs sécuritaires vantés par le régime étaient réellement efficaces, une telle opération aurait dû être anticipée ou, à tout le moins, contenue. L’écart entre le discours officiel et la réalité du terrain met en lumière les limites d’une gouvernance fondée davantage sur la rhétorique que sur l’efficacité opérationnelle.
Plus préoccupant encore, l’absence d’éléments probants, d’enquêtes transparentes ou de suspects présentés au public renforce l’impression d’une instrumentalisation politique du drame. En substituant l’anathème à l’analyse, le général Tiani s’enferme dans une logique de confrontation verbale qui ne saurait tenir lieu de politique sécuritaire.
Le Niger mérite mieux qu’une gouvernance par l’accusation. Il mérite un leadership capable de faire face aux défis sécuritaires avec responsabilité, lucidité et rigueur. Tant que le pouvoir militaire persistera dans la fuite en avant rhétorique, la vérité restera otage de la propagande, et la sécurité, une promesse sans cesse différée.

✍🏾 Fidèle Sèna VODOUNON

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