À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse 2026, célébrée ce 3 mai à Cotonou, les principaux acteurs du secteur médiatique béninois ont livré des messages d’une rare intensité. Entre interpellations, propositions concrètes et appels à la responsabilité, tous convergent vers une même exigence : restaurer la crédibilité, renforcer la liberté et restaurer la place des médias dans la démocratie.
Pour le compte de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, son président, Édouard Loko, a tenu un discours sans concession. Face aux défis du numérique et à la prolifération de la désinformation, il a insisté sur la nécessité d’un journalisme rigoureux, éthique et professionnel.
Pour lui, « la liberté de la presse ne peut exister pleinement sans rigueur », rappelant que l’urgence de l’information ne doit jamais primer sur la vérité. Dans un ton grave, il a surtout mis l’accent sur la dignité de la profession, conditionnée, selon lui, par un engagement collectif à la responsabilité. « Une presse crédible est un facteur de paix », a-t-il martelé, inscrivant ainsi le rôle des médias au cœur de la stabilité sociale.

La PADeM-Bénin sonne l’alerte
De son côté, la PADeM-Bénin, à travers son président, a dressé un tableau préoccupant de l’état de la liberté de la presse. Hylarion Kingnon parle de journalistes inquiétés, des médias fragilisés et d’un climat marqué par l’autocensure. S’appuyant sur le classement 2026 de Reporters sans frontières, qui positionne le Bénin au 113e rang mondial, la PADeM parle d’un « signal » plutôt que d’une fatalité. Elle interpelle également les nouvelles autorités, notamment le Président élu Romuald Wadagni, sur l’absence de mesures spécifiques en faveur de la presse dans son programme.
Dans une posture proactive, la PADeM-Bénin formule plusieurs propositions : effectivité de l’aide publique à la presse, activation du fonds d’appui au développement des médias, allègements fiscaux, partenariats transparents et renforcement de la formation des journalistes. « Sans presse libre, le développement boîte », prévient-elle, tout en appelant les professionnels à plus d’éthique et de solidarité.
Les professionnels des médias plaident pour un environnement plus favorable.

Prenant la parole au nom de l’Union des Professionnels des Médias du Bénin, son président Hervé Prudence Hessou a replacé cette journée dans sa dimension universelle : défendre l’indépendance des médias, honorer les journalistes victimes et promouvoir l’accès à l’information.
Dans son intervention, il a insisté sur les défis structurels du secteur : précarité économique, faiblesse des salaires, absence de protection sociale et contraintes réglementaires. Il a également mis en lumière les mutations technologiques et la montée des fausses informations comme des enjeux majeurs.
Face à ces défis, il appelle à une responsabilité partagée. Aux autorités de garantir un cadre favorable, aux entreprises de presse d’améliorer les conditions de travail, aux journalistes de faire preuve de rigueur, et au public d’adopter un usage responsable de l’information. « La crédibilité de notre profession est notre bien le plus précieux », a-t-il rappelé.
Le patronat de la presse mise sur le dialogue et la viabilité économique
Dans le même élan, le président du CNPA-Bénin, Seth Evariste Hodonou, a rendu hommage aux professionnels des médias, tout en soulignant les difficultés persistantes du secteur.
Il a notamment évoqué la faiblesse des ressources financières, la baisse des recettes publicitaires et les défis de la transition numérique. Pour y faire face, le CNPA privilégie le dialogue avec les autorités et les acteurs du secteur, à travers des initiatives de concertation.
Saluant les efforts de la HAAC, notamment en matière de gouvernance et de réhabilitation des infrastructures, il appelle toutefois à un accompagnement plus soutenu de l’État et à la poursuite des réformes. Il exhorte également les journalistes à rester fidèles aux valeurs d’éthique et de professionnalisme

Une convergence autour des impératifs de liberté et responsabilité
Au-delà de la diversité des approches, un consensus se dégage : la liberté de la presse au Bénin reste un acquis fragile qui nécessite vigilance, engagement et réformes. Tous les intervenants s’accordent à dire que la presse est un pilier essentiel de la démocratie, du développement et de la paix.
Dans un contexte marqué par les mutations numériques et les tensions informationnelles, cette 33e édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse aura ainsi servi de cadre à une introspection collective. Une chose est désormais claire : entre liberté et responsabilité, la presse béninoise est appelée à se réinventer pour mieux jouer son rôle au service de la société.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
