Au Bénin, la lutte contre les produits de dépigmentation prend désormais une tournure plus ferme. À travers un communiqué publié le 5 mai 2026, l’Agence béninoise du Médicament et des autres produits de Santé (ABMed) a interdit la commercialisation et l’utilisation de plusieurs produits cosmétiques dépigmentants jugés dangereux pour la santé publique. Une décision administrative qui cache pourtant une réalité beaucoup plus humaine. Il s’agit de milliers de femmes, de jeunes filles et parfois même d’hommes exposés quotidiennement à des substances chimiques aux conséquences souvent irréversibles.
Dans plusieurs quartiers de Cotonou, Porto-Novo, Parakou ou Bohicon et même dans les campagnes, les produits éclaircissants continuent d’être vendus discrètement dans des boutiques, sur les étals de marchés ou via les réseaux sociaux. Pour beaucoup d’utilisateurs, la quête d’une peau plus claire est devenue un phénomène banal, presque normalisé.
Mais les médecins alertent depuis des années sur les dégâts silencieux causés par ces produits.
Peau fragilisée, brûlures, vergetures profondes, tâches irréversibles, infections cutanées, hypertension liée aux corticoïdes, insuffisance rénale ou encore cancers de la peau … Les conséquences sanitaires sont nombreuses et parfois dramatiques.
Dans son communiqué, l’ABMed cite notamment plusieurs produits désormais interdits, parmi lesquels Epiderm Crème, Dermaclair, Movate, Caro Light, Skin Light ou encore Glutanex Injectable. Selon l’agence, ces produits contiennent des substances dangereuses prohibées qui fragilisent fortement la peau et exposent les utilisateurs à de graves complications.
Entre pression sociale et quête d’acceptation
Au-delà du risque sanitaire, la dépigmentation volontaire soulève aussi une question sociale profonde. Pourquoi tant de personnes continuent-elles à mettre leur santé en danger ?
Pour plusieurs sociologues et acteurs communautaires, le phénomène est alimenté par des standards de beauté hérités de longues constructions culturelles où la peau claire est parfois associée à la réussite sociale, à la beauté ou au prestige.
Dans certains milieux, de jeunes filles commencent très tôt à utiliser des crèmes éclaircissantes sous l’influence de leur entourage, des tendances sur les réseaux sociaux ou des publicités déguisées.
D’autres reconnaissent agir par complexe, par manque de confiance en soi ou simplement pour répondre à des attentes sociales. Olivia, serveuse dans un bar estime que c’est simplement un effet de mode devenu un engrenage, car son teint clair naturel a fini par se dégrader, entraînant des séries d’autres soins encore plus décapants.
Ainsi, derrière chaque pot de crème vendu se cache souvent une histoire personnelle, une pression silencieuse ou une recherche d’acceptation.
Une interdiction saluée, mais des défis persistants
La décision des autorités sanitaires béninoises est saluée par plusieurs professionnels de santé qui y voient une mesure nécessaire pour limiter les dégâts.
Cependant, beaucoup estiment que l’interdiction seule ne suffira pas.
Selon Christine, une employée de bureau, le véritable défi reste le contrôle du marché informel où ces produits circulent encore facilement. Certains sont importés clandestinement, d’autres sont revendus sous de nouvelles appellations ou mélangés artisanalement sans aucun contrôle sanitaire selon des indiscrétions de femmes marquées négativement par le phénomène.
L’ABMed appelle d’ailleurs les populations à signaler toute commercialisation de ces produits afin de renforcer la surveillance sur le terrain.
Pour de nombreux observateurs, la lutte contre la dépigmentation doit surtout passer par l’éducation et la sensibilisation. Valoriser la peau naturelle, renforcer l’estime de soi chez les jeunes, déconstruire certains critères de beauté et mieux informer sur les dangers sanitaires apparaissent aujourd’hui comme des mpriorités selon une étudiante en Sociologie à l’université d’Abomey-Calavi.
Des associations, influenceurs, professionnels de santé et organisations de jeunesse multiplient déjà des campagnes pour encourager l’acceptation de soi et promouvoir une beauté plus saine.
Car au fond, la décision de l’ABMed dépasse largement une simple interdiction de produits cosmétiques. Elle ouvre un débat de société sur la perception de la beauté, la protection de la santé publique et la nécessité de préserver des vies face à un phénomène qui continue de gagner du terrain.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
