Alors que le parti Les Démocrates s’apprête à choisir son duo de candidats pour la présidentielle de 2026, l’ancien président Boni YAYI, aujourd’hui à la tête du parti, semble pris dans un engrenage maladroitement monté par ses propres soins. Ce double jeu pourrait bien fragiliser l’alternative qu’il prétend incarner. Les reports successifs de la date de désignation n’apportent aucun crédit à la formation politique, tant les bruits de couloir deviennent distinctement audibles.
À cette allure, plutôt que de s’imposer comme un modèle d’ouverture démocratique, le parti donne à voir une lutte d’influence où les origines régionales semblent primer sur les idées. Boni YAYI n’est pourtant pas étranger à ce jeu. L’ancien président, censé incarner l’unité, entretiendrait-il une ambiguïté stratégique qui fragilise le parti et alimente un débat identitaire délétère ? Car en ne tranchant pas, en laissant prospérer les discours fondés sur les proximités régionales ou ethniques, il cautionne — voire orchestre — ce que beaucoup dénoncent ouvertement.
Boni YAYI est au cœur du fonctionnement du parti Les Démocrates. C’est un fait. Mais à force de vouloir tout peser, tout orienter, tout verrouiller, il étouffe le débat et rend impossible toute compétition loyale.
La conséquence d’un tel fonctionnement est prévisible : découragement de la base, radicalisation des factions, perte de crédibilité externe. L’alternative que Les Démocrates prétendent offrir à la Rupture ne serait alors qu’un mirage, fondé sur des pratiques d’exclusion et de centralisation.
Or, le peuple béninois n’attend pas un énième duel YAYI-TALON par procuration. Il attend un projet clair, porté par une voix capable de rassembler au-delà des appartenances. En entretenant les clivages, Boni YAYI met en péril cette attente.
Il est encore temps de réorienter le processus. Mais cela exige de Boni YAYI un geste fort : se retirer du jeu des influences, cesser de cautionner les discours identitaires et permettre un choix fondé sur la compétence, l’éthique et la capacité à gouverner.
Le chroniqueur le soufflait déjà à très haute voix :
« En l’état actuel du système partisan, ce qui détermine la force d’un parti politique, ce n’est pas la manière dont les candidats sont désignés. C’est plutôt le leadership de ses responsables à gérer au mieux les exactions après coup, de façon à calmer les ardeurs des uns et des autres, dans la cohésion autour du choix opéré. »
Boni YAYI et les siens risquent de l’apprendre à leurs dépens.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
