Il y a des occasions qu’on laisse passer. D’autres, qu’on saborde sciemment. À observer la trajectoire récente du parti Les Démocrates (LD), une chose devient claire : l’opposition a non seulement raté le coche, mais elle l’a soigneusement démonté avant qu’il n’arrive. Pendant que l’opinion attendait un sursaut, LD a offert une démonstration d’impuissance stratégique, d’errances internes, et de leadership autoritaire.
Le scénario aurait pu être différent. LD bénéficiait d’un socle militant réel, d’un ancrage politique certain, et de la figure tutélaire — sinon pesante — de l’ancien président Boni YAYI. De quoi structurer une alternative solide face à la majorité en place. Mais c’était sans compter sur les démons internes : luttes de pouvoir, blocages répétés, décisions unilatérales camouflées en consensus et l’exposition d’un régionalisme mal assumé. La mécanique semblait pourtant lancée. Les déclarations d’intention pleuvaient, les cadres promettaient un candidat de rassemblement, une stratégie claire, un cap. Et puis… le trou d’air. Des jours, puis des semaines de flottement. Les échéances se rapprochaient, mais LD pataugeait.
C’est que le parti n’a jamais vraiment tranché entre deux lignes : celle de la concertation large, ouverte, et celle de la discipline imposée d’en haut. C’est la seconde qui a prévalu sans la manière, sans leadership. Une ligne incarnée sans fard par Boni YAYI, dont la gestion du parti, verticale et verrouillée, a achevé de crisper les énergies au lieu de les canaliser. En politique, le centralisme autoritaire fonctionne rarement quand il s’agit de construire une majorité. Ici, il a tué dans l’œuf toute dynamique collective.
Par finir, pas de candidature claire, pas d’agenda audible, et surtout, un affaiblissement de la crédibilité d’un parti qui prétend incarner l’opposition démocratique. Au lieu d’imposer un tempo, LD l’a subi. Et pire encore : il s’est mis en scène dans un désordre que même ses adversaires n’auraient pu orchestrer. Au final, LD n’a pas seulement manqué un rendez-vous politique. Il a exposé ses fragilités structurelles, son déficit de méthode, et son incapacité à faire de la politique autrement que dans les postures et les rapports de force internes sans aucune garantie ni capitale vitale.
Une leçon amère pour l’avenir de l’opposition. Car, si cette séquence laisse un enseignement, c’est que l’unité de façade ne suffit pas. Il faut une vision, une méthode, et un leadership capable de rassembler sans étouffer. Tant que LD ne se réinventera pas en profondeur — dans ses pratiques, sa culture du débat, et sa manière de penser la démocratie interne — il restera prisonnier de ses propres contradictions. Et condamné à revivre, encore et encore, le même scénario dans le style « beaucoup de bruit… pour rien. »
C’est MA LECTURE.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
