Au Forum africain de l’eau de N’Djamena, la Banque mondiale dévoile l’initiative « Water Forward » pour faire de l’eau un moteur de développement durable
Longtemps considérée comme une urgence humanitaire, la question de l’eau est désormais présentée comme un puissant levier de développement économique pour l’Afrique. Réunis à N’Djamena, au Tchad, à l’occasion du Forum africain de l’eau, les dirigeants africains et leurs partenaires, avec la Banque mondiale, ont appelé à un changement de paradigme. À travers l’initiative « Water Forward », l’institution entend soutenir des investissements structurants afin d’améliorer la sécurité hydrique de plus d’un milliard de personnes d’ici à 2030.
« L’Afrique n’a pas un problème d’eau. L’Afrique a une opportunité liée à l’eau. » Cette déclaration, prononcée lors du Forum africain de l’eau, résume l’ambition portée par la Banque mondiale et le gouvernement tchadien : faire de l’eau un véritable moteur de croissance, de création d’emplois et de résilience climatique.

Un déficit d’accès aux services essentiels
Malgré une population passée de 800 millions à près de 1,3 milliard d’habitants en deux décennies, les infrastructures hydrauliques n’ont pas suivi le rythme de la croissance démographique. Aujourd’hui, plus de 400 millions d’Africains sont privés d’accès à l’eau potable et plus de 700 millions ne disposent pas de services d’assainissement de base.
Cette situation alimente les maladies évitables, freine le développement économique et pèse particulièrement sur les femmes et les jeunes filles, souvent contraintes de consacrer plusieurs heures par jour à la recherche de l’eau, au détriment de l’éducation ou d’activités génératrices de revenus.
Un potentiel encore largement sous-exploité
Pour la Banque mondiale, le continent ne souffre pas d’un manque de ressources en eau, mais d’un déficit d’investissements et de gouvernance. Avec plus de 80 bassins fluviaux et lacustres transfrontaliers, le Nil, le bassin du Congo, le lac Victoria, le lac Tchad, le Niger, le Zambèze, le Sénégal, la Volta ou encore la nappe du Grès de Nubie, l’Afrique dispose d’un patrimoine hydrique exceptionnel susceptible de soutenir durablement son développement. Une gestion concertée de ces ressources pourrait renforcer la sécurité alimentaire, favoriser la production d’énergie, stimuler les échanges et améliorer les conditions de vie de centaines de millions de personnes.
« Water Forward » : faire de l’eau un secteur attractif pour l’investissement
Pour concrétiser cette vision, la Banque mondiale a lancé « Water Forward », une initiative mondiale visant à garantir la sécurité de l’eau à plus d’un milliard de personnes d’ici à 2030.
Le programme repose sur trois priorités : élaborer des stratégies nationales intégrées et financièrement viables, mobiliser des financements publics et privés à grande échelle, puis renforcer la coopération régionale autour des bassins transfrontaliers grâce à une meilleure gouvernance et au partage des données.
L’eau, un facteur de croissance économique
Au-delà des enjeux sanitaires, l’eau constitue un puissant levier économique. À l’échelle mondiale, près de 1,7 milliard d’emplois dépendent directement des ressources en eau. En Afrique, où plus de 60 % de la population active travaille dans l’agriculture et où 95 % des terres cultivées restent dépendantes des précipitations, le développement de l’irrigation et des infrastructures hydrauliques apparaît comme un enjeu majeur pour renforcer la productivité agricole, créer des emplois et améliorer les revenus des populations rurales.
Le lac Tchad, symbole des défis à relever
Le choix du Tchad pour accueillir le Forum revêt une forte portée symbolique. Le lac Tchad, autrefois l’un des plus vastes plans d’eau douce du continent, s’est considérablement réduit au cours des cinq dernières décennies, fragilisant les écosystèmes et les moyens de subsistance de millions de personnes.
Face à cette réalité, les participants ont plaidé pour une coopération régionale renforcée et des investissements coordonnés afin de préserver cette ressource stratégique.
Transformer les engagements en résultats
À travers « Water Forward », la Banque mondiale invite les États africains, les partenaires techniques et financiers ainsi que le secteur privé à considérer l’eau non plus comme une contrainte, mais comme un investissement stratégique. Pour l’institution, chaque dollar consacré à la sécurité hydrique génère des bénéfices dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de l’énergie, de l’éducation et de la croissance économique.
Le principal défi demeure désormais la traduction des engagements politiques en projets concrets capables de faire de l’eau l’un des principaux moteurs de prospérité et de développement durable en Afrique.
✍️ Inès KPOVOYEYI (Coll)
