Il est 20 heures sur le boulevard du Cinquantenaire à Porto-Novo. Les cafétérias ne désemplissent pas. Sous les lumières des enseignes, les commandes fusent. « Spaghetti un plat avec œuf ! », « Deux bols de lait caillé ! », « Un plat de couscous ! ». Les écrans de télévision retransmettent un match de la Coupe du monde de football. Les clients, absorbés par le spectacle, patientent autour des tables, d’autres accoudés au comptoir, pendant que les serveurs courent d’un bout à l’autre. Ici, comme dans bien d’autres villes du Bénin, les cafétérias sont devenues des lieux de restauration rapide, de détente et de convivialité. Beaucoup sont tenues par des ressortissants guinéens, réputés pour leurs spécialités culinaires.
Mais derrière cette activité florissante se cache une réalité moins reluisante. Dans plusieurs établissements visités, les règles élémentaires d’hygiène semblent avoir disparu. Les employés manipulent simultanément l’argent, les aliments et les ustensiles sans se laver les mains. Les tabliers sont inexistants, tout comme les gants, les cache-nez ou les bonnets de protection. Entre deux commandes, un même serveur encaisse, prépare un sandwich, verse un café puis revient débarrasser une table, sans aucune mesure de protection sanitaire. Le torchon qui sert à nettoyer le comptoir est en même temps l’éssui-main. Les clients observent rarement ces pratiques, davantage préoccupés par leur repas ou par le programme diffusé sur les écrans. Dans les cuisines, le constat est tout aussi préoccupant.

L’hygiène alimentaire oubliée
Les assiettes sont parfois laissées à l’air libre, exposées à la poussière et aux insectes, surtout après le départ d’un client en attendant que la table soit débarrassée.
Dans certaines cafétérias, la limite n’est pas très étanche entre les toilettes et le lavabo des vaisselles. Les espaces de cuisson sont continuellement sollicités dans une chaleur étouffante. « Nous avons l’habitude, il n’y a pas de problèmes », confie un employé dans un français approximatif, conscient des insuffisances mais davantage préoccupé par l’affluence quotidienne que par le respect des normes sanitaires.
Pourtant, ces négligences ne sont pas sans conséquences. Les spécialistes de la santé rappellent que les intoxications alimentaires, les gastro-entérites, les fièvres typhoïdes ou encore certaines infections digestives trouvent souvent leur origine dans une mauvaise manipulation des aliments ou un défaut d’hygiène. Dans un contexte où les consommateurs recherchent avant tout un repas rapide et accessible, la sécurité sanitaire passe trop souvent au second plan.
Le plus inquiétant reste sans doute la banalisation de ces pratiques.
Des clients insouciants
Beaucoup de clients reconnaissent avoir remarqué ces manquements, mais continuent de fréquenter ces établissements faute d’alternative ou en raison des prix abordables. « On sait que ce n’est pas toujours propre, mais quand on a faim et peu d’argent, on mange », lance un habitué en haussant les épaules, encore vêtu de son blouson de mécanicien avec l’odeur des huiles de vidange. Un étudiant en compagnie de sa petite amie indiqua que tant qu’ils suivent la consigne de ne pas m’être de « cube » ( ingrédients cancérigènes très prisés dans l’assaisonnement des plats), car il n’a pas les moyens de préparer pour lui-même en privé. Une résignation qui illustre le dilemme de nombreux citadins : satisfaire un besoin immédiat au risque d’exposer leur santé.
La santé publique éprouvée.
Cette situation interpelle également les autorités compétentes. Les services d’hygiène, les structures de contrôle sanitaire et les collectivités locales sont attendus sur le terrain pour renforcer les inspections, sensibiliser les exploitants et, si nécessaire, sanctionner les contrevenants. Car si les cafétérias constituent aujourd’hui un maillon essentiel de la restauration urbaine, elles ne devraient jamais devenir des foyers silencieux de risques sanitaires.
Entre impératifs économiques, forte demande et insuffisance des contrôles, les cafétérias béninoises sont à la croisée des chemins. Le défi n’est pas de remettre en cause leur existence, mais de faire en sorte que le droit de se restaurer rapidement ne se fasse plus au détriment du droit fondamental à une alimentation saine et sûre. À suivre.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
