MA LECTURE (Chronique Express)

Boni YAYI dans les brumes de l’ambiguïté.

Il est des hommes dont le parcours, d’abord auréolé de prestige et d’espérance, finit par se perdre dans les méandres d’une incohérence que seule l’histoire saura départager entre tragédie et farce. Le Président Boni YAYI, jadis symbole d’une certaine probité et incarnation d’un renouveau démocratique, semble aujourd’hui prisonnier d’un double rôle dont il ne mesure plus la dissonance.

Oui, Boni YAYI a parlé. Oui, il a rencontré le Président Patrice TALON. Mais ce n’est pas tant la rencontre qui retient l’attention que la confusion qu’elle entretient. À quel titre l’ancien chef de l’État s’exprime-t-il désormais ? En patriarche désintéressé ou en chef de parti d’opposition en quête de légitimité ? La question, loin d’être anodine, touche à l’essence même de la cohérence morale et institutionnelle.

Depuis qu’il a pris la tête du parti Les Démocrates (LD), l’ancien Président a renoncé de fait à la sérénité que confère le statut d’homme d’État au-dessus de la mêlée. En s’installant dans l’arène politique partisane, il a abdiqué l’autorité morale que lui conférait son ancien titre. Et pourtant, le voilà qui tente d’endosser tour à tour les habits du médiateur national et ceux de l’opposant farouche, selon les circonstances et les opportunités.

Comment ne pas voir, dans cette valse identitaire, la marque d’une profonde inconséquence ? Car enfin, comment celui qui a pris par la main un parti qui se portait convenablement sous la présidence d’Éric HOUNDÉTÉ peut-il aujourd’hui s’étonner des fissures qu’il a lui-même ouvertes ? L’hémorragie des cadres, la désillusion des militants, les divisions internes : tout cela ne résulte-t-il pas de cette mainmise autoritaire et de cette gouvernance d’humeur qui ont transformé Les Démocrates en un théâtre d’ombres ?

Et voici que, face au verdict sans appel de la Cour constitutionnelle disqualifiant le parti pour la présidentielle de 2026, Boni YAYI s’en va plaider auprès du chef de l’État pour « solliciter la participation » de son parti. Ironie des ironies ! Lui qui prétendait incarner la résistance au pouvoir en place, se mue soudain en solliciteur d’indulgence.

On pourrait sourire de cette volte-face si elle ne révélait pas, plus gravement, une conception bancale de la responsabilité politique. Car le Bénin n’est plus ce peuple malléable que certains croyaient pouvoir encore bercer de promesses creuses et de postures ambiguës. La maturité citoyenne, désormais, déjoue les calculs les plus retors.

En vérité, Boni YAYI semble ignorer que l’histoire n’offre guère de refuge à ceux qui veulent à la fois être juges et parties. En se drapant tour à tour dans la toge du sage et dans le manteau de l’opposant, il court le risque de ne plus être ni l’un ni l’autre. Et à force de vouloir tout incarner, on ne représente plus rien à la fin.

Comme le dirait avec verve un chroniqueur de chez nous : « Trop de pointu tue la pointe ! Attention aux yeux !»

✍️ Fidèle Sèna VODOUNON

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