🛑Le Président rend hommage à ses prédécesseurs
🛑 L’intégralité du discours d’investiture du Président
L’ouverture de la première session ordinaire de la 10ᵉ législature a été marquée par l’investiture solennelle du président de l’Assemblée nationale, professeur Joseph Djogbénou. La cérémonie, empreinte de solennité, s’est tenue au Palais des Gouverneurs en présence de hautes personnalités politiques et institutionnelles.
Dans ses premiers propos, le président de l’institution parlementaire a rendu un hommage appuyé à ses prédécesseurs, tous présents pour l’occasion. Une manière de reconnaitre leur contribution à l’enracinement de la démocratie béninoise, pour la continuité républicaine et la solidité des institutions du pays.

L’événement a également été rehaussé par la présence de plusieurs membres du gouvernement, avec une mention spéciale au ministre d’État chargé du Développement et de la Coordination de l’Action gouvernementale, Abdoulaye Bio Tchané, dont la présence a témoigné de la synergie entre les pouvoirs exécutif et législatif.
Des ajustements au sein de l’hémicycle
Cette rentrée parlementaire a été marquée par d’importants mouvements au sein de l’Assemblée nationale, conformément aux dispositions légales et réglementaires en vigueur. Abdoulaye Bio Tchané a officiellement démissionné de son mandat de député, avec effet rétroactif au 9 février 2026. Son siège revient à son suppléant, suivant les procédures établies.
En application de l’article 92 de la Constitution, deux députés ont temporairement suspendu leurs fonctions parlementaires :
Herman Orou Takou (7ᵉ circonscription électorale, Bloc Républicain), remplacé par son suppléant Issifou Boubakar ;
Shadiya Alimatou Assouma (13ᵉ circonscription électorale), remplacée par sa suppléante Mounifa Karim Tidjani.
Ces réaménagements traduisent la dynamique institutionnelle en cours et garantissent la continuité du travail législatif sans vacance de siège.
L’intégralité du discours du Président Djogbénou :
…« On n’invente pas un arbre, on le plante. On ne lui extrait pas les fruits, on le laisse porter. Une Nation n’est pas une création, mais un murissement. Année par année. Anneau par anneau ».
Aimé Césaire, dans la Tragédie du Roi Christophe, ne se fut guère trompé : la Nation béninoise murit, « année par année, anneau par anneau ».
Et c’est bien de ces « années » et de ces « anneaux » de murissement de notre Nation dont, tous ici rassemblés, et notre peuple avec vous en union dans la foi dont Dieu est la providence, que nous devons rendre témoignage et faire mémoire.
Et c’est bien de ces « anneaux » et de ces « années », promesse et espérance de notre commune patrie, dont chaque député est porteur, moi-même en premier, que nous devons à notre tour, poser et marquer ou pour l’instant, et pour emprunter au Règlement intérieur son exacte expression, « présenter » dans la forme d’un « discours d’investiture » les séquences principales.
Nous devons donc en premier lieu faire mémoire et rendre témoignage.
Il me faut, en effet, d’abord faire mémoire, de celles et ceux qui, de leur position de membres de l’Assemblée nationale, ont contribué à fonder l’Etat et la démocratie béninoise, structurer leur fonctionnement et, au-delà, façonné progressivement le destin de notre peuple.
Des présidences respectives de Justin Tomintin AHOMADEGBE à Louis Gbehounou VLAVONOU, de Taïrou CONGAKOU à Adrien HOUNGBEDJI, de Ignace ADJO BOCCO à Bruno AMOUSSOU, de Monseigneur Isidore de SOUZA à Mathurin Coffi NAGO, sans oublier ni omettre celles de Romain VILON GUEZO et de Valentin DJIBODE APLOGAN, l’Assemblée nationale n’a de cesse de s’affirmer comme le sanctuaire du débat politique et du combat démocratique.
De ces figures impressionnantes de la vie de la Nation, il en est une qu’il faut particulièrement distinguer et, à sa mémoire rendre l’hommage mérité. Elle n’a pas pu être présidente de notre assemblée. Elle a préféré, au fil des législatures, présider notre conscience politique. Chaleureuse autant que rigoureuse, elle fut notre première dame et restera, pour longtemps encore, notre dame première.
Avocate remarquable et politique remarquée, sa cécité lumineuse éclairait les débats parlementaires d’une rare perspicacité et d’une féconde lucidité.
Brave et stratège, cheffe de parti et directrice de pensée de son groupe politique, de ses partisans voire de ses détracteurs, Rose-Marie Honorine Vieyra SOGLO, connue de renommée et de réputation glorieuse comme Maman Rosine, ne fut pas seulement une Grande Femme. Elle fut un Grand Homme d’Etat (Homme avec « H » avec tout ce qu’il y a d’humanité qui transcende l’espace et le temps). Elle fut surtout un législateur hors pair dont la figure, la posture et la présence ne laissaient personne indifférente, arrachée à notre commune affection le 25 juillet 2021.
Je rends grâce à Dieu, d’avoir été doublement honoré de sa présence énergique et affectueuse quand je présidais, à la septième législature, la commission des lois dont elle fut membre et quand j’occupais, au Gouvernement, le département de la justice et de la législation, à l’occasion des discussions autour des projets ou propositions de lois de transformation économique et politique.
Ses interventions furent toujours passionnées, éclairantes et décisives.
En faut-il davantage, mesdames et messieurs, pour que la présente législature soit irriguée de son esprit ?
En faut-il davantage pour que la présidence que mes collègues m’ont confiée honore particulièrement sa mémoire ?
Quoiqu’il en soit, il ne sera que bon augure de placer cette législature sous son égide spirituelle.
Mes chers compatriotes
Il faut ensuite rendre témoignage du passionnant et tout aussi exigeant processus de dévolution du pouvoir d’Etat, dans les conditions définies par la loi n°2025-20 du 17 décembre 2025, succédant à celle n°2019-40 du 7 décembre 2019, toutes modifiant la loi n°90-32 du 11 décembre 1990 portant Constitution de la République du Bénin.
Ce processus qui a consacré, le 12 avril 2026, l’élection de monsieur Romuald Wadagni, président et de République et de madame Mariam Chabi Talata, épouse Zimé, vice-présidente de la République, est l’expression la plus parfaite du peuple Béninois en faveur de la politique de reconstruction nationale et de développement profond et durable engagée depuis 2016 par le Gouvernement de monsieur Patrice Talon.
Elle est aussi symbole de l’adhésion du peuple Béninois à un projet de société porteur de solutions à la demande sociale, garantissant avec plus d’assurance le droit au mieux-être de chaque Béninoise et de chaque Béninois.
Je veux ici, réitérer les félicitations enthousiastes de l’ensemble des membres de la Représentation nationale auxquels je m’associe, à monsieur Romuald Wadagni, président élu, tout en l’encourageant et en l’assurant de notre soutien tout aussi républicain que fraternel.
Les fonctions auxquelles la Nation vient de l’appeler sont exigeantes et difficiles. Elles appellent audace et hauteur. Dans l’intérêt de notre pays, notre élu ne souffrira guère de l’encouragement de chacun ni de la disponibilité de tous.
Je veux surtout, mes chers collègues, saluer la personnalité du Président de la République, monsieur Patrice Talon, non seulement pour ce qu’elle est, politiquement forte et humainement généreuse, dont l’audace pour la Nation est sans condition, et la solidarité en faveur des plus vulnérables sans discussion ;
Je veux particulièrement saluer sa personnalité éminente pour ce qu’elle fait : engager sans détour ni retour notre pays sur le chemin de la modernité.
Comme Victor Hugo, il n’a de cesse de nous assener, depuis 2016 et à chaque instant de son double mandat : « Détruire la misère ! Oui, cela est possible ! » (Victor Hugo, « Discours sur la misère » prononcé devant l’Assemblée constituante française le 9 juillet 1849).
Dans une région éclatée voire écartelée, en convulsion permanente, dans un monde en mutation singulière où la force et la violence éloignent du bien-être et de la solidarité, Patrice Talon nous a plutôt précipités dans le progrès, avec des réformes qui assurent la solidité et la stabilité de notre régime politique, élèvent la qualité en exigence essentielle.
Restons-y mes chers compatriotes, demeurons dans la dynamique du progrès et gardons-nous de ne plus en sortir !
Mesdames et messieurs les députés,
Mes chers collègues,
A l’évidence, la 10ème législature ouvre une période et une expérience nouvelle de législation et de contrôle de l’action du Gouvernement.
D’un premier regard, si l’Assemblée nationale garde le monopole du contrôle de l’action du gouvernement, elle ne conduira plus seule, le processus de législation. La nouvelle rédaction de l’article 79 de la Constitution dispose en effet que « Le parlement exerce le pouvoir législatif et contrôle l’action du gouvernement. Il est composé de deux assemblées : l’assemblée nationale et le Sénat ».
Certes, l’Assemblée nationale demeure le siège de la fabrique de la loi puisqu’elle garde, le pouvoir de délibérer. Au demeurant les termes de l’article 98 de la Constitution, fixant le périmètre de son intervention demeurent inchangés.
Toutefois, elle ne détermine plus le sort politique de la loi.
Gardons à l’esprit que l’attelage constitutionnel entre le Sénat et l’Assemblée nationale n’institue pas les deux organes dans un duel institutionnel. Les deux organes constituent plutôt en duo, dans une complémentarité utile. Ils n’exerceront pas leur mission en concurrence mais de concert.
A ce sujet, la mise en conformité du règlement intérieur à la Constitution est un premier défi qui attend la Représentation nationale.
D’un second regard, sur le fond, nous devons rester attachés aux objectifs politiques fondamentaux de notre Nation et pourvoir de ressources législatives pertinentes la politique de la Nation que « détermine et conduit » le président de la République selon les termes de l’article 54 al. 1er de la Constitution.
A ce sujet, l’option de régionalisation du développement qu’a défendue le président élu devant le peuple, doit avoir un prolongement législatif.
Au surplus, la présente législature doit être celle des réponses législatives pertinentes aux rapports sociaux et économiques, individuels ou de groupes.
Le droit des obligations civiles, celui des personnes et de la famille, du patrimoine et de la protection sociale, recevront, au cours de cette législature, les réponses appropriées.
Le septennat législatif doit garantir à nos concitoyens des solutions nouvelles et celles renouvelées, qui protègent la vie, la société et l’Etat.
Il doit assurer la simplification des normes, leur accessibilité, ainsi que la stabilité et la sécurité juridique.
Mesdames et messieurs les députés,
Mes chers collègues,
En nous élisant à l’Assemblée nationale, par l’expression souveraine de sa volonté le 11 janvier 2026, le peuple nous renvoie en représentation, à l’exercice d’un pouvoir qui féconde les solutions législatives à ses attentes légitimes et celles qui le préserve des atteintes à son essence et à son existence.
Je n’ai pas de doute, que chacune et chacun s’y engagera avec disponibilité et détermination.
Et quand même nous traverserions quelques moments de difficultés et de fragilité, nous saurons recourir à cette exhortation que nous devons au deuxième couplet de l’Aube nouvelle :
« Quand partout, souffle un vent de colère et de haine,
Béninois, sois fier et d’une âme sereine,
Confiant dans l’avenir, regarde ton drapeau » !
Je vous remercie.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
