Culture

Afro-descendance : Claudy Siar répond à un post polémique sur l’affirmation de sa nationalité béninoise.

Lire sa réponse ci-dessous 👇🏾👇🏾

Chère Paule Bonjean ,
Il est dommage que les commentaires sur votre page Facebook ne soient permis qu’à certains.
Il me faut donc répondre à votre publication par une autre publication.

Je ne lie aucunement mon destin à une trajectoire collective imposée à tous mes semblables !
Je ne nie aucunement mon afro-caribéanité …au contraire.
La nationalité béninoise, mon rôle auprès du Président Romuald Wadagni ne font que renforcer mon identité guadeloupéenne. Je l’ai rappelé à plusieurs reprises lors d’interviews.

Toute ma vie j’ai rappelé que par notre histoire, la violence des conditions de survie de nos ancêtres et parents, les sévices infligés, les femmes à la merci des maîtres, l’arrivée des indiens, des congolais après l’abolition de l’esclavage, les métissages, nous sommes devenus ces peuples des Caraïbes aux avant postes de ce que sera l’humanité de demain. Et demain est déjà là.
Notre langue créole, née dans l’infâmie de l’esclavage est le plus jeune de tous les langages du monde.

J’étais déjà conscient de cela lors de mes premières émissions de radio, au milieu des années 80, quand je racontais l’histoire de la barbarie esclavagiste, de nos résistances, de nos aspirations légitimes du moment.
C’était mon état d’esprit quand, le 23/04/1993 j’organisais à Paris, la première manche de commémoration de l’abolition de l’esclavage ; LA MARCHE DES NEGRES MARRONS.
Les premiers à me tomber dessus etaient des antillais. L’avenir m’a donné raison.

Je pourrais également rappeler ici la manifestation contre la diffusion par Antenne2 ( France 2 ), des propos de Charles trenet insultants envers les noirs. C’était le 21/09/1991, jour du décès d’Eugène Mona.

Jamais je ne renoncerais à mon identité afro-Caraïbéenne ! La nouvelle donne entre l’Afrique et les territoires où nos ancêtres furent déportés ne l’impose pas, au contraire.
C’est bien la singularité de notre identité, sa dimension plurielle qui rend magnifique et magnétique la nouvelle relation souhaitée des deux côtés de l’atlantique.

J’affirme le socle africain de mon identité antillaise. D’autres la verront plus européenne, ou plus indienne tout en étant résolument et sans ambiguïté, antillaise…
un 6EME CONTINENT ( évocation du nom du groupe musical du martiniquais, mon grand frère Kali ).
Les commentaires de votre publication me rappellent le chemin qu’il reste à parcourir.
J’y lis des oppositions, là où nous voyons les opportunités de soigner nos traumatismes du passé pour les uns, l’amnésie pour les autres.

La route sera longue.
Votre publication me le rappelle tout en posant une vraie question nécessaire.

Bien à vous.

Voici le post polémique en question 👇🏾


🔴🔴🔴 Bénin : Le récit personnel de Claudy Siar ne peut pas devenir une histoire collective

Entre mémoire des origines et respect des trajectoires historiques
L’enjeu n’est pas de nier l’Afrique ni les liens profonds qui unissent les diasporas africaines à leurs terres d’origine. Il est de reconnaître que l’histoire a produit des réalités nouvelles.
Les Caribéens ne sont pas des Africains inachevés ou déconnectés de leur véritable identité. Ils sont des peuples à part entière, héritiers d’une histoire douloureuse mais aussi créateurs de civilisations originales.
C’est cette réalité historique qui mérite d’être respectée.

Un retour aux sources très médiatisé
Claudy Siar, quelques jours seulement après un retour très médiatisé au Bénin, à la suite de son départ de plusieurs médias français et européens, multiplie les reportages et les publications sur les réseaux sociaux pour raconter son « retour aux sources ».
À Ouidah, lieu hautement symbolique de la mémoire de la traite négrière, il met en scène sa redécouverte d’une identité béninoise qu’il présente comme une forme de réparation personnelle.
Peu après, il est nommé chargé de mission à la Culture par le nouveau président du Bénin.
C’est son parcours, son choix et son histoire. Nous pouvons nous réjouir pour lui s’il a trouvé dans cette démarche un accomplissement personnel.

L’expérience d’un individu n’est pas celle de toute une diaspora
Cependant, il convient de garder une certaine mesure dans le récit qui accompagne cette expérience individuelle.
Depuis plusieurs décennies, certains discours afrocentristes tendent à présenter les populations caribéennes comme des Africains qui auraient simplement perdu la mémoire de leurs origines.
Or, l’histoire est plus complexe.

La Caraïbe : une histoire, une culture et une identité propres
Les peuples de la Caraïbe sont issus de plusieurs siècles de métissages, de créolisation, de résistances et de constructions culturelles originales.
Bien sûr, l’Afrique constitue une part fondamentale de cet héritage. Mais les Caribéens ne sont pas des Béninois, des Sénégalais ou des Congolais qui s’ignoreraient.
Ils sont le produit d’une histoire spécifique qui a donné naissance à des peuples, des cultures et des identités nouvelles.

Reconnaître nos racines sans effacer notre singularité
Je ne comprends donc pas cette volonté récurrente de présenter le retour d’un individu vers un pays africain comme une vérité universelle qui devrait s’imposer à tous les descendants de la diaspora.
Que Claudy Siar se sente pleinement Béninois est son droit le plus absolu. Son récit lui appartient.
En revanche, il ne faudrait pas que cette expérience personnelle conduise à réécrire l’histoire ou à nier la singularité des peuples caribéens.
Nous pouvons reconnaître nos racines africaines sans renoncer à ce que plusieurs siècles d’histoire ont fait de nous.

✍️ Fidèle Sèna VODOUNON

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