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SÉNÉGAL : LE RETOUR DE MACKY, LA RUPTURE DU DUO.

(QUAND LA RÉVOLUTION SE MANGE ELLE-MÊME)

Quand la pierre rejetée redevient celle de l’angle principal de l’édifice Faye

Le 17 juillet 2026, Macky Sall a posé le pied à Dakar. Bain de foule, cris, drapeaux. L’homme que la jeunesse a combattu puis « chassé » en 2024 a été reçu avec tous les honneurs par Bassirou Diomaye Faye au Palais. Pendant ce temps, le duo Faye-Sonko, visage de la « rupture », s’est brisé publiquement. En deux ans, le Sénégal a vécu une révolution, une alternance, puis un retournement complet de décor.

Quelques points récurrents de ce paradoxe.

1. 2021-2024 : Les années de braise contre le « système Macky »
Entre 2021 et 2024, le Sénégal a vécu sa plus grave crise politique depuis l’indépendance. Au centre : Ousmane Sonko et son dauphin Bassirou Diomaye Faye.
Leur combat contre le pouvoir de Macky Sall les a menés en prison pendant plusieurs mois. Bilan : des dizaines de morts, des arrestations massives, une jeunesse qui se sent « maltraitée, muselée, emprisonnée ».
Empêché de se présenter en 2024, Sonko parie sur Faye. Le pari réussit au-delà des espérances : 54,28% dès le premier tour le 24 mars.
Le 2 avril, Macky Sall organise une passation « empreinte de courtoisie ». Il reçoit Faye et Sonko au Palais, pose pour les photos. Le Sénégal célèbre alors sa démocratie. La jeunesse exulte. On parle de « fin d’un système ».

2. 2024-2026 : De l’union sacrée à la guerre froide
Mais gouverner ensemble s’est avéré plus difficile que combattre ensemble.
En deux ans, les divergences se creusent : ligne économique, gestion des institutions, place de chacun. Le pouvoir devient bicéphale.
Le point de non-retour arrive quand Sonko quitte la Primature pour retourner à l’Assemblée nationale. Officiellement pour des raisons institutionnelles. Politiquement, c’est une rupture.
Depuis, les piques et attaques verbales se multiplient des deux côtés. Le « projet » se fissure. Et pendant que les deux architectes de la victoire se regardent en chiens de faïence, les Sénégalais regardent, désabusés. La promesse de rupture se transforme en spectacle de division.

3. 17 Juillet 2026 : Le retour, et le symbole qui fait mal
D’après For You Media Africa, ce 17/07/2026, l’ancien président sénégalais Macky Sall est rentré au Sénégal pour la première fois depuis son départ du pouvoir.

Et le retour n’a rien de discret. Plusieurs vidéos et écrit publiés qualifient clairement ce retour du président sénégalais d’alors de triomphal.

Dans l’une de ces dernières images, on voit Macky Sall debout dans un 4×4 noir, boubou blanc et chapeau blanc. Il traverse une foule compacte à Dakar. Téléphones levés, pancartes à son effigie, cris de « Macky ! », rappelant les ambiance de campagne électorale.

Une autre vidéo montre la journaliste de For You Media Africa qui confirme cet accueil par « une importante foule de militants et de sympathisants ». L’apothéose de cette descente est le cap sur le Palais de la République où il est reçu par le président Bassirou Diomaye Faye.
Le motif est diplomatique de ce retour au bercail est pour obtenir le soutien du Sénégal pour sa candidature au poste de Secrétaire Général des Nations Unies. Une « visite éclair s’inscrivant dans sa campagne diplomatique ».

Il s’agit d’une ironie totale : celui qui a été combattu par la « jeunesse de la rupture » est aujourd’hui reçu par le chef de cette même rupture, pour représenter le Sénégal dans le monde.

  • TROIS PARADOXES QUI TROUBLENT LE SÉNÉGAL DE 2026
  1. Le paradoxe du peuple : de la colère à la nostalgie
    Comment la même rue qui scandaient « Dégage » en 2024 peut-elle acclamer en 2026 ?
    La réponse tient en un mot : la déception. Quand le duo au pouvoir se déchire, quand les résultats tardent, la mémoire sélectionne. On oublie les raisons du départ de Macky et on retient la stabilité, les chantiers, la prévisibilité. Le peuple ne vote plus « pour ». Il vote « contre ».
    Contre la division.
  2. Le paradoxe de Faye : président de tous, y compris de ses adversaires
    En recevant Macky, Faye fait un choix fort.
    • Sur le plan institutionnel : il respecte la tradition sénégalaise. Pas de chasse aux sorcières. La passation de 2024 l’exigeait, la réception de 2026 la confirme. C’est l’image d’un État stable.
    • Sur le plan politique : c’est un calcul. S’afficher avec Macky, c’est récupérer une partie de l’électorat APR et se donner une stature de président rassembleur. Mais c’est aussi isoler un peu plus Sonko. En serrant la main de Macky, Faye envoie un message à son ancien allié : « je suis au-dessus de nos querelles ».
  3. Le paradoxe de Macky : de l’exil politique au retour par le haut
    Il n’a jamais vraiment quitté la scène. Battu, il est resté président de l’APR. Mais ce retour physique est différent. Il ne revient pas comme chef de l’opposition pour manifester. Il revient comme ancien chef d’État, sollicité pour porter le Sénégal à l’ONU.
    Celui qu’on croyait « fini » redevient utile. Utile au pays, utile à Faye. En politique sénégalaise, il n’y a pas d’ennemis définitifs. Il n’y a que des rapports de force qui bougent.

Trois (3) questions majeures se posent actuellement.

  1. Pour Faye : Comment gouverner quand ton Premier ministre est devenu ton principal opposant interne, et que tu dois t’appuyer sur ton prédécesseur ?
  2. Pour Sonko : L’Assemblée suffira-t-elle comme base pour peser face à un duo Faye-Macky qui s’affiche ensemble ?
  3. Pour Macky : Ce soutien de Faye pour l’ONU est-il le début d’un retour plus global dans le jeu politique sénégalais ?

En conclusion, le Sénégal envoie une leçon à la classe politique africaine. En 24 mois, ce pays a bouclé une boucle complète. La rue a fait tomber Macky. La rue a porté Faye-Sonko. La rue assiste aujourd’hui à la réception de Macky par Faye, pendant que Sonko est renvoyé dans l’opposition. La leçon est brutale mais sénégalaise : ici, on ne détruit pas ses adversaires. On les conserve. Parce que la politique tourne, et que l’ennemi d’hier peut devenir l’allié de demain.
La jeunesse a gagné une élection en 2024. En 2026, elle découvre que gagner le pouvoir et exercer le pouvoir sont deux combats différents.

✍️ Points et recoupements d’analyses par Inès KPOVOYEYI

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