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Gouvernance mondiale de l’IA: Quand Google parle d’éthique et de monopole, Pékin recadre.

Le patron de Google réclame un « gendarme mondial » de l’IA dirigé par Washington au nom de l’éthique. En face, Xi Jinping et le Sud Global dénoncent un risque de monopole et plaident pour une IA ouverte. Entre les deux, la vraie question demeure le pouvoir.

À Shanghai, La WAIC 2026 devait être le rendez-vous de la coopération internationale sur l’intelligence artificielle. Elle s’est finalement transformée en scène d’affrontement. D’un côté, les géants américains veulent imposer leurs règles au nom de la sécurité. De l’autre, la Chine et le Sud Global exigent une gouvernance multipolaire. Au milieu, le mot « éthique » est utilisé par tous, mais ne recouvre pas les mêmes intérêts.

Google et le discours de l’éthique

Le ton a été donné par la Silicon Valley. Le patron de Google a appelé à la création d’un « gendarme mondial » de l’IA chargé de sécuriser, standardiser et éviter les dérives. Un objectif qui paraît consensuel, jusqu’à la précision qui suit : ce gendarme devrait être placé sous le contrôle de Washington.
En clair, l’acteur qui détient déjà près de 90% des grands modèles de langage, les puces les plus avancées et les plus grands data centers demande aussi à écrire la loi. L’argument mis en avant est celui de la responsabilité : seuls ceux qui maîtrisent la technologie seraient capables de la réguler.
Mais cette position soulève une contradiction évidente. Comment parler de gouvernance mondiale quand les règles sont dictées depuis un seul pays ? Et comment invoquer l’éthique quand ceux qui la réclament sont en même temps en pleine course au monopole ? Derrière le discours de la sécurité, on devine surtout la volonté de verrouiller un avantage déjà acquis.

Pékin répond : Pas de monopole , pas de diktat.

La réplique chinoise n’a pas tardé. Cette fois, c’est Xi Jinping qui a prononcé lui-même le discours d’ouverture de la WAIC pour donner sa position. Son message est allé à contre-courant de la proposition américaine. « Le développement de l’IA ne devrait pas être une performance en solo d’un seul pays, mais une symphonie de coopération internationale », a-t-il déclaré, en appelant à « s’opposer conjointement à l’exagération du concept de sécurité nationale dans le domaine de l’IA ».
Concrètement, Pékin propose l’inverse d’un régulateur unique. Il s’agit de « bâtir ensemble un système de gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle juste et équitable ». Dans cette logique, la Chine a annoncé la création de la « World Artificial Intelligence Cooperation Organisation » WAICO avec 29 pays fondateurs et siège à Shanghai. Elle promet aussi 5000 formations en IA pour les pays en développement et la mise en place de centres de coopération avec l’ASEAN et les BRICS.
En valorisant l’open-source comme « bien public mondial », Pékin cherche à se poser en alternative crédible à la domination américaine, tout en tirant profit de son propre modèle d’influence.

Le Sud Global dénonce le double discours

Entre ces deux pôles, une troisième voix s’est fait entendre : celle du Sud Global. Les délégations venues d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ont salué l’ouverture proposée par la Chine, mais surtout dénoncé le risque de voir une gouvernance mondiale se résumer à une extension des règles américaines.
Leur constat est simple. Aujourd’hui, ils n’ont ni les puces, ni les data centers, ni les modèles pour peser. S’ils ne sont pas associés à l’écriture des règles, ils resteront de simples consommateurs d’une technologie qu’ils ne contrôlent pas.
D’où trois revendications claires : des centres de données locaux pour garder la souveraineté sur leurs données, des transferts de technologie concrets, et une place réelle dans les comités qui définiront les standards. Sans cela, la « gouvernance » ne sera qu’un nouveau mot pour désigner le monopole.

Gouvernance ou verrouillage ?

Au terme de la WAIC 2026, la question centrale reste donc intacte. Quand Google parle d’éthique et de gendarme mondial, parle-t-il réellement d’intérêt collectif ou cherche-t-il à sanctuariser sa domination ? De son côté, la Chine parle d’inclusion et de multipolarité, mais ambitionne aussi de devenir le nouveau centre de gravité de l’IA.
Dans les deux cas, le danger pour les autres pays est identique : subir des règles qu’ils n’ont pas écrites, utiliser des modèles sans posséder les données, consommer de l’IA sans en capter la valeur.
La gouvernance de l’intelligence artificielle ne sera donc pas une question technique. Elle sera une question de pouvoir. Et tant que la table restera dressée pour deux, Washington et Pékin, les autres n’auront que le choix entre deux chaises.

✍️ Inès KPOVOYEYI

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