Telle une lampe placée entre deux portes, Ouanilo BÉHANZIN a éclairé sans jamais pouvoir entrer pleinement dans l’un ou l’autre des mondes qui l’avaient façonné. Trop européen pour le Dahomey, trop africain pour la France, il était né à Abomey en 1886. Formé par l’école coloniale, il devint ensuite avocat en France. Son parcours révèle qu’une identité peut être à la fois plurielle, douloureuse et pleinement légitime. Il nous rappelle qu’il est injuste de demander aux enfants de la diaspora et aux Afro-descendants de renoncer à l’un de leurs mondes.
Après la mort du roi BÉHANZIN, survenue loin d’Abomey, son fils Ouanilo consacra sa vie au rapatriement de sa dépouille au Dahomey, achevé en 1928. Décédé à Dakar et inhumé à Bordeaux, Ouanilo ne regagna le Bénin qu’en 2006, à l’occasion du centenaire de la mort du roi. Ce destin illustre qu’honorer les disparus, au-delà des fleurs et des prières du 2 novembre, c’est reconnaître leur place dans la mémoire collective. C’est aussi leur rendre les rites qui les relient aux vivants : libations, invocations, offrandes et paroles adressées aux ancêtres.
Cette exigence s’inscrit dans la démarche en faveur de la restitution du patrimoine africain. En novembre 2021, la France a rendu au Bénin 26 trésors royaux d’Abomey, emportés en 1892. Le 5 octobre 2026, le Président Romuald WADAGNI a demandé le retour de 35 autres biens et archives. En effet, restituer permet aux communautés de préserver leur mémoire et de faire des blessures coloniales une source de fierté, de savoir et de dialogue. Un peuple qui oublie ses morts perd une part de son nom ; celui qui les honore en fait une boussole.
Pour la postérité, une nouvelle réussite pointe à l’horizon.
✍️Justin AMOUSSOU, Lundi 2 novembre 2026, 06h 11.
