Du latin SENATUS, la chambre haute, héritée de la Rome antique, mérite bien son nom dans le contexte béninois, puisqu’on parle du conseil des anciens. Ce n’est d’ailleurs pas cette dernière définition qui fait défaut au Sénat du Bénin. C’est pourquoi, face aux passions qui s’enchaînent, il urge de ramener le débat au niveau du citoyen ordinaire, afin que chacun puisse appréhender cette innovation institutionnelle à sa juste valeur. La nouvelle trouvaille éditorialiste, qui voit dans l’existence du Sénat les prémices d’un bras de fer avec le Chef de l’État, relève davantage du fantasme que d’une lecture rigoureuse de l’architecture institutionnelle établie. Les prérogatives du Parlement et celles de l’Exécutif sont distinctes et encadrées par les textes.
Plus surprenant encore, certains contempteurs de la réforme semblent se découvrir, après coup, une vocation de défenseurs intransigeants de la démocratie. Des prises de position qui, parfois, ressemblent davantage à l’expression d’une frustration qu’à une véritable inquiétude institutionnelle. Car nul ne peut ignorer que les fonctions électives et nominatives ne sauraient être distribuées à tous, dans un pays de plus de quatorze millions d’habitants. La République n’est la propriété de personne et le renouvellement progressif du personnel politique peut, au contraire, ouvrir de nouvelles perspectives à une génération montante.
Le véritable débat devrait donc porter sur la solidité des institutions, l’efficacité de leurs prérogatives et leur capacité à servir durablement l’intérêt général. Le Bénin n’est certes pas une démocratie parfaite, mais son histoire récente démontre qu’il sait organiser ses alternances et faire évoluer ses institutions. Chaque réforme ne saurait être assimilée à une menace, pas plus que chaque renouvellement à un recul démocratique. L’institution doit être jugée à l’aune des textes et des actes, non des rumeurs ou des ambitions contrariées.
L’homme lucide sait surtout distinguer le fracas du véritable danger. Les pétards lancés dans l’espace public peuvent paraître assourdissants, mais ils s’éteignent vite lorsqu’ils ne trouvent aucun combustible institutionnel. Pendant que certains annoncent déjà des confrontations imaginaires, les Béninois sont en droit d’espérer des institutions fortes, complémentaires et tournées vers l’avenir. Le débat sur le Sénat mérite de la hauteur, de la pédagogie et de la sérénité. Les Béninois peuvent continuer à regarder devant, afin d’aller plus loin, ensemble.
✍️ Fidèle Sèna VODOUNON
